07/10/2026
Je vais le faire… mais pas maintenant...
« Oui, oui, je vais le faire. »
« Quand ? »
« Après. »
« Après quand ? »
« Je sais pas… après. »
Et parfois, cette petite conversation peut se répéter plusieurs fois dans la journée.
Vu de l’extérieur, cela peut ressembler à de la mauvaise volonté, à de la provocation, à un manque d’organisation ou à cette fameuse phrase que l’on finit par prononcer avec agacement : « Mais tu pourrais simplement le faire maintenant. »
Pourtant, chez certaines personnes neuroatypiques, le problème n’est pas forcément de ne pas vouloir faire les choses.
C’est parfois le « maintenant » qui n’a pas la même réalité.
Le mot « après » peut être beaucoup plus compliqué qu’il n’en a l’air
« Après » semble être une indication précise.
Mais après quoi ? Après avoir regardé cette vidéo ? Après le repas ? Dans dix minutes ? Ce soir ? Quand j’aurai envie ? Quand ce sera vraiment urgent ?
Pour certaines personnes, une tâche qui n’est pas encore urgente peut rester mentalement très éloignée.
Elle existe.
Elle est connue.
Elle est même parfois parfaitement comprise.
Mais elle ne déclenche pas encore suffisamment l’élan nécessaire pour commencer.
Alors la personne peut sincèrement dire : « Je vais le faire. »
Et le penser réellement.
Le problème n’est pas toujours l’intention.
Il peut être dans le passage entre l’intention et l’action.
Ce n’est pas forcément de la paresse
C’est une différence importante.
Parce que lorsque l’adulte voit un enfant repousser encore et encore une tâche, il peut finir par penser :
« Il s’en fiche. »
« Il attend que je le fasse à sa place. »
« Il sait très bien ce qu’il doit faire. »
Et parfois, oui, il peut y avoir du refus, de l’opposition ou simplement une envie de ne pas faire quelque chose.
Mais ce n’est pas la seule possibilité.
Chez certaines personnes neuroatypiques, commencer une tâche peut demander beaucoup plus d’énergie que ce que l’adulte imagine.
Il faut interrompre ce qu’on est en train de faire, changer d’activité, organiser mentalement les étapes, se mettre en mouvement, supporter l’ennui ou l’effort… et parfois simplement réussir à franchir le premier pas.
Alors « je le ferai après » devient une manière de garder la tâche à distance.
Jusqu’au moment où elle ne peut plus l’être.
Puis soudain… tout devient possible
Et c’est souvent là que le malentendu devient encore plus grand.
Parce qu’à 18 h 30, rien ne bouge.
À 19 h 30, toujours rien.
À 20 h 45, la personne se lève soudainement et fait tout ce qui devait être fait.
Le sac est préparé.
Le travail est terminé.
La chambre est rangée.
Le message est envoyé.
Le lendemain est organisé.
Et l’adulte peut rester avec cette impression :
« Donc tu pouvais le faire depuis le début. »
Oui.
Mais pouvoir faire quelque chose à un moment donné ne signifie pas forcément pouvoir déclencher cette action à n’importe quel moment.
L’urgence, la contrainte temporelle ou la proximité de la conséquence peuvent parfois fournir exactement ce qui manquait quelques heures auparavant : un déclencheur.
Et ce phénomène ne disparaît pas nécessairement avec l’enfance.
Plus t**d, cela peut devenir : « Je répondrai à ce mail après. » « Je paierai cette facture ce soir. » « Je prendrai rendez-vous demain. » « Je rangerai ça ce week-end. »
Puis soudain, à 22 h 47, tout devient extrêmement important.
Et la personne se demande elle-même pourquoi elle a attendu aussi longtemps.
Ce que l’adulte voit n’est pas toujours ce que l’enfant vit
L’adulte voit le temps qui passe.
L’enfant peut surtout vivre une succession de moments séparés.
Maintenant.
Après.
Plus t**d.
Tout à l’heure.
Demain.
Et entre ces mots, il peut y avoir un décalage immense.
Alors répéter « maintenant » ne suffit pas toujours à rendre l’action plus accessible.
Parfois, cela ajoute simplement de la pression.
« Fais-le maintenant. »
« Je vais le faire. »
« Mais tu dis ça depuis une heure ! »
« Je sais… »
Ce petit « je sais » peut être important.
Parce qu’il peut contenir beaucoup de choses à la fois : la conscience de la situation, la culpabilité, l’agacement, l’envie de faire, et parfois l’incapacité à parvenir à démarrer.
Cela ne signifie pas qu’il faut tout accepter
Comprendre ce mécanisme ne veut pas dire que les tâches disparaissent.
Il faut parfois faire les choses même quand on n’en a pas envie.
Il faut respecter certaines contraintes.
Il faut apprendre progressivement à s’organiser.
Mais comprendre permet de ne pas transformer chaque ret**d en jugement sur la personne.
Il y a une différence entre dire :
« Tu ne veux jamais rien faire. »
et dire :
« Là, tu avais prévu de le faire, mais tu n’as pas réussi à commencer. Qu’est-ce qui t’a bloqué ? »
La deuxième phrase ne retire pas la responsabilité.
Elle ouvre simplement une autre porte.
Et parfois, le premier pas est là
Peut-être que le changement ne consiste pas toujours à demander : « Pourquoi tu ne le fais pas maintenant ? »
Peut-être qu’il peut parfois commencer par rendre le « plus t**d » un peu plus concret : « Après le repas », « dans dix minutes », « quand tu descends du bus », « avant de regarder ton épisode ».
Pas pour contrôler chaque minute.
Mais pour transformer un moment flou en un moment que le cerveau peut réellement accrocher.
Parce que « je le ferai plus t**d » peut être sincère.
Mais « plus t**d » n’est pas toujours un moment.
Parfois, c’est simplement un endroit où l’on repousse quelque chose jusqu’à ce qu’il devienne suffisamment réel pour pouvoir enfin commencer.
Conclusion
Il est facile de confondre le délai avec le désintérêt.
La répétition avec l’insolence.
L’inaction avec la paresse.
Et parfois, derrière un « je vais le faire, mais pas maintenant », il y a simplement une personne qui sait ce qu’elle doit faire… mais qui ne parvient pas encore à faire coïncider l’intention, le moment et l’action.
Comprendre cela ne signifie pas tout excuser.
Cela permet simplement de poser une autre question.
Pas seulement : « Pourquoi tu ne le fais pas ? »
Mais aussi :
« Qu’est-ce qui rend le début si difficile ? »
Et parfois, cette petite différence dans la question change déjà beaucoup de choses.
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