07/06/2025
Mercredi, j’ai eu le plaisir d’offrir un soin énergétique aux soignants de l’hôpital Brugmann.
C’était un moment suspendu, proposé au cœur d’une formation de trois jours "gestion du stress avec creativité", animée avec coeur par Daniëlle De Wilde.
Un espace de pause. De retour à soi.
Un souffle dans le tumulte du quotidien hospitalier.
Ces soignants donnent tant, souvent dans des conditions complexes, exigeantes, invisibles.
Pouvoir leur offrir, ne fût-ce qu’un instant, un espace pour recevoir... Cela m'a touché et nourri.
Le matin même, Danielle m'a demandé si j'avais éventuellement une histoire à partager, en lien de près ou de loin avec le theme de la journée.
Juste avant le soin, j’ai donc eu l'occasion de partager un petit conte. Une histoire simple et symbolique.
J’aimerais maintenant vous la partager ici :
🔥 Le feu et la sage
Dans un village blotti au pied des montagnes, vivait un homme nommé Elias.
C’était quelqu’un de simple, discret, apprécié de tous. Toujours prêt à rendre service, il s’occupait de mille choses à la fois : sa famille, son travail, ses proches, les petites urgences du quotidien. On le disait solide. Fiable. Il était de ceux qui tiennent bon, toujours.
Mais depuis un moment, quelque chose en lui s’était éteint.
Le matin, il se réveillait sans élan. La lumière du jour lui semblait lourde. Il faisait ce qu’il fallait faire, mais sans joie.
Il se sentait vidé. Comme si, à force de porter tant de choses pour d'autres, il avait fini par s’oublier lui-même.
Un matin, après une nuit presque blanche, il sentit qu’il ne pouvait plus continuer comme ça. Il entendit au fond de lui un mot simple : “stop”. Il prit son sac, mit ses bottes, et partit vers le refuge perché là-haut, dans la montagne.
On racontait qu’une vieille femme y vivait seule. Une sage, ou une f***e, on ne savait plus bien. Ceux qui l’avaient rencontrée parlaient d’un regard calme, et de phrases étranges qui restaient longtemps dans le cœur.
Pendant toute l’ascension, Elias pensa.
Il chercha une solution. Il retourna les problèmes dans tous les sens : son travail, son rythme, ses attentes, les autres.
- Peut-être que je devrais changer de métier… Prendre des vacances… Faire une thérapie… Méditer plus… dormir plus… donner moins…
Son mental tournait comme une roue f***e. Il voulait comprendre, réparer, organiser. Trouver un plan.
Arrivé au sommet, il trouva la vieille femme assise devant un feu. Elle ne dit rien, mais lui fit signe de s’approcher.
Le silence dura longtemps. Puis Elias parla :
- Je suis fatigué. Épuisé. Comme si quelque chose en moi s’était consumé, et qu’il ne restait plus que les cendres.
La sage jeta une bûche dans le feu, et dit doucement :
- Que vois-tu ?
- Du feu…
- Et qu’est-ce qui l’alimente ?
- Le bois.
Elle hocha la tête.
- Le feu, c’est comme ta vitalité. Il peut éclairer, réchauffer, inspirer. Mais si tu y jettes tout sans discernement -les "il faut", les "je dois", les peurs, les exigences, les attentes- il s’emballe. Il te consume.
Et si tu ne le nourris plus du tout, il meurt.
Elle marqua une pause, puis ajouta :
- Si tu jettes tout dans le feu, les injonctions, la culpabilité, les peurs, les “il faut que”, il s’emballe. Il devient dangereux. Et il finit par te consumer.
Et si tu ne mets rien du tout, il s’éteint. La flamme meurt.
Elias écoutait, silencieux. Les mots de la sage résonnaient en lui, comme une vérité qu'il avait oubliée.
- Alors, que faut-il faire ? demanda-t-il.
La sage tendit une petite bûche enveloppée d’écorce odorante :
- Mets-y ce qui t’apaise. Ce qui te ressource. Ce qui t’ancre. Mets-y des silences. Des respirations. De la lenteur. Du mouvement. Des choses simples, qui te ramènent à toi.
Elle le regarda dans les yeux.
- Et surtout, souviens-toi :
Tu n’es pas le feu.
Tu n’es pas non plus le bois.
𝑻𝒖 𝒆𝒔 𝒄𝒆𝒍𝒖𝒊 𝒒𝒖𝒊 𝒄𝒉𝒐𝒊𝒔𝒊𝒕 𝒄𝒐𝒎𝒎𝒆𝒏𝒕 𝒏𝒐𝒖𝒓𝒓𝒊𝒓 𝒍𝒆 𝒇𝒆𝒖.
C’est là que commence ta liberté.
Un long silence s’installa. Le feu crépitait doucement. Elias ferma les yeux. Il ne sentait pas encore la solution, mais… il sentait un espace. Quelque chose qui respire.
Il remercia la sage, se leva, et reprit le chemin du retour.
Il faisait nuit.
Il avançait doucement, éclairé par la lune et les cailloux sous ses pas.
Cette fois, son esprit ne pensait plus.
Il ne faisait pas de plans. Il ne cherchait pas d’issue
Il sentait le vent, les odeurs de la terre, les branches qui frôlaient ses bras.
Son corps était là. Présent.
Et pour la première fois depuis longtemps, il senti que le feu en lui recommencait à bruler.
Pour la première fois depuis longtemps, il se sentait vivant.
---
Et toi ?
Comment nourris-tu ton feu, en ce moment ?
De quoi ta flamme intérieure a-t-elle besoin ?
03/05/2025