19/11/2025
Une vaste enquête menée auprès de 2 400 professeurs d’éducation physique et sportive (EPS) révèle un constat inquiétant : les capacités d’endurance des élèves ont chuté de 18 % en vingt ans, et leur force musculaire décline elle aussi nettement. Si plus de 90 % des enseignants reconnaissent l’importance de ces qualités physiques pour la santé, beaucoup peinent à en faire une véritable priorité dans leurs cours, faute de temps, de moyens, ou encore de formation adaptée.
Depuis 2022, l’Éducation nationale a commencé à évaluer la condition physique des élèves de 6ᵉ, en particulier leur endurance cardiorespiratoire. Les résultats confirment une tendance déjà identifiée : les performances au test navette de 20 mètres, référence internationale, se dégradent année après année. Les enseignants interrogés attribuent cette baisse non seulement au manque de pratique physique des jeunes en dehors de l’école, mais aussi aux difficultés structurelles rencontrées au sein même de l’EPS.
Les professeurs soulignent en effet que travailler l’endurance et la force demande un enseignement plus personnalisé, adapté aux niveaux très variés des élèves, à leur croissance et à leurs motivations individuelles. Or, dans des classes souvent chargées et avec seulement deux heures d’EPS par semaine au lycée général, ces objectifs passent après d’autres priorités, fixées par les programmes officiels.
Pour inverser la tendance, les chercheurs à l’origine de l'enquête proposent cinq pistes clés.
1. Rendre les cours plus attractifs grâce à des pratiques “hybrides”, où chaque élève choisit son objectif selon sa source de motivation : gagner, progresser, se dépasser ou vivre des sensations. Des dispositifs comme le « Parkour Gym » permettent ainsi de mêler jeu, performance et travail musculaire.
2. Augmenter le temps de pratique, soit en renforçant les heures d’EPS, soit en développant l’association sportive en dehors des cours. Certains établissements innovent déjà, comme à Rennes où trois enseignants interviennent simultanément pour former des groupes de besoins, ou à Limoges avec des sections “Sport-Santé” axées sur le bien-être et la motivation.
3. Mieux intégrer le travail de l’endurance et de la force dans les activités existantes, par des échauffements renforcés, des exercices intermittents ou une intensité mieux dosée lors des cours traditionnels.
4. Utiliser davantage les tests physiques, encore très peu généralisés. Contrairement à d’autres pays, la France ne dispose d’aucune base de données nationale pour suivre l’évolution de la condition physique des élèves. Pourtant, des tests réguliers permettent aux jeunes de mesurer leurs progrès et d’améliorer leur connaissance d’eux-mêmes.
5. Renforcer la formation des enseignants, notamment sur le développement et l’évaluation de la force musculaire, domaine dans lequel près de la moitié d’entre eux se sentent insuffisamment outillés. De plus, seuls 22 % connaissent l’importance de la force dans la prévention des maladies cardiovasculaires à long terme.
Pour les chercheurs, l’enjeu dépasse largement l’EPS. Une faible endurance ou un manque de force chez les adolescents augmente leur risque de pathologies cardiovasculaires à l’âge adulte. Dans un contexte de sédentarité croissante, l’école apparaît donc comme un acteur clé pour enrayer le déclin physique de la jeunesse et instaurer des habitudes durables.
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