19/05/2026
ALLOCATIONS UNIVERSITAIRES AU BÉNIN
L’aide qui n'aide qu’après la grande faim
Dans les universités publiques du Bénin, les aides et allocations universitaires ne représentent pas un simple avantage accordé aux étudiants méritants. Pour beaucoup, elles constituent une véritable source de survie. Ces fonds servent à payer les loyers, assurer les repas quotidiens, financer les déplacements vers les amphithéâtres, acheter les documents académiques, effectuer les photocopies ou encore régler certaines formalités administratives indispensables au parcours universitaire.
Pour les étudiants dont les parents disposent de faibles revenus, et plus encore pour ceux qui ne reçoivent pratiquement aucun soutien familial, ces allocations deviennent parfois l’unique ressource financière disponible durant l’année académique. Les boursiers perçoivent environ 380 000 francs cfa, tandis que les secourus reçoivent près de 132 000 francs cfa. Des montants qui, dans la réalité estudiantine actuelle, permettent difficilement de couvrir tous les besoins, mais qui restent malgré tout essentiels pour maintenir un certain équilibre de vie.
Cependant, derrière cette politique sociale destinée à accompagner les étudiants se cache une autre réalité, beaucoup plus douloureuse. Les interminables re**rds de traitement des dossiers et de virement des allocations. Une situation devenue récurrente dans les universités béninoises et qui alimente, année après année, frustrations, souffrances et inquiétudes au sein du monde estudiantin.
Selon plusieurs étudiants rencontrés, les virements sont souvent relativement rapides en première année. Mais dès la deuxième ou la troisième année, les délais deviennent particulièrement longs, comparables au retour du Christ. Après avoir rempli toutes les formalités administratives exigées, certains étudiants doivent patienter trois, voire six mois avant de recevoir leurs allocations. Pendant ce temps, les charges quotidiennes, elles, continuent de tomber sans attendre.
Alors que la demande reste en cours de traitement, la courbe des charges et des dettes tend vers une valeur supérieure à la somme totale de l’allocation. Les propriétaires réclament leurs loyers. Le ventre dicte ses lois. Les frais de transport augmentent. Les besoins académiques s’accumulent progressivement. Dans cette pression permanente, de nombreux étudiants vivent dans une précarité silencieuse, mais dangereuse, qui finit par affecter aussi bien leurs conditions de vie que leurs performances académiques.
« Quand les allocations tardent, on est obligé d’emprunter partout pour survivre. Certains passent des semaines entières avec des dettes au restaurant ou auprès des camarades. Franchement, ce n’est pas facile », confie Arnaud, étudiant en deuxième année de sociologie à l’Université de Parakou (Up).
« Personnellement, j’avoue que c’est très difficile pour moi de m’en sortir sans cette aide. Parfois, je suis obligé de laisser les cours pendant deux à trois jours pour aller chercher de quoi me nourrir. Le ventre affamé n’a point d’oreille, dit-on. Je me transforme parfois en aide-maçon. Je le fais, non pas parce que je le veux, mais parce que je n’ai pas le choix », raconte avec une grande tristesse Élisé N., étudiant en licence 3 à la Faculté de Droit et de Sciences Politiques (Fdsp).
Cette réalité pousse aujourd’hui plusieurs observateurs à s’interroger profondément sur le sens même de l’expression “aides universitaires”. Car, dans l’esprit de tous, une aide est censée intervenir au moment où le besoin se manifeste. Lorsque les étudiants traversent plusieurs mois de privations avant de recevoir les fonds destinés à les soutenir, beaucoup estiment que l’objectif même de cette assistance perd toute son efficacité sociale.
« Je trouve que c’est une mauvaise chose. C’est vraiment une anomalie qui ronge l’espoir des étudiants modestes comme moi chaque année. C’est une aide universitaire prédestinée à apporter une assistance financière aux étudiants déterminés à poursuivre leurs études, mais elle ne vient malheureusement qu’après que ces derniers ont perdu espoir. Cela brise le rêve de plusieurs étudiants talentueux, mais modestes », regrette Jean B., étudiant allocataire en deuxième année à la Faculté des Sciences Économiques et de Gestion (Faseg).
Au-delà des difficultés économiques, certains acteurs du milieu universitaire alertent également sur les conséquences sociales que peuvent engendrer ces re**rds prolongés. La précarité extrême fragilise psychologiquement plusieurs étudiants et peut malheureusement ouvrir la porte à certaines dérives. Entre petits trafics, soustraction frauduleuse de biens appartenant à autrui, prostitution estudiantine ou abandons académiques. Plusieurs estiment que les difficultés financières poussent parfois certains jeunes vers des choix dangereux qu’ils n’auraient jamais envisagés dans de meilleures conditions.
« Lorsqu’un étudiant ne sait plus comment manger, payer sa chambre ou se déplacer pour aller en cours, il devient vulnérable. Certains finissent par accepter des pratiques qu’ils rejetaient autrefois simplement parce qu’ils veulent survivre », a confié un responsable associatif de base.
Dans un contexte marqué par la hausse du coût de la vie et les difficultés économiques grandissantes, beaucoup considèrent désormais cette question comme une véritable urgence sociale. Car au-delà des procédures administratives, c’est l’avenir d’une jeunesse entière qui se retrouve fragilisée par des lenteurs répétitives devenues presque normales.
Face à cette situation, plusieurs étudiants appellent les autorités compétentes à engager des réformes profondes afin de réduire considérablement les délais de traitement des dossiers et d’assurer des virements beaucoup plus rapides et réguliers. « Pour soulager les étudiants, je propose aux autorités. Primo, de revoir à la hausse les aides universitaires, longtemps restées figées malgré l’accroissement incessant du coût de la vie universitaire. Secundo, de revoir l’ordre de virement des allocations et de l’adapter selon un ordre chronologique basé sur la date de la demande. Tertio, de mieux renforcer la sécurité sur la plateforme de demande d’allocations contre les individus malveillants qui veulent à tout prix s’emparer frauduleusement des aides destinées aux étudiants », suggère Élisé Nonvidé, étudiant à la Fdsp.
Pour beaucoup, il devient indispensable que les aides universitaires jouent réellement leur rôle de soutien social au moment opportun. Car une jeunesse abandonnée trop longtemps aux difficultés financières finit progressivement par perdre ses repères, sa motivation et parfois même ses ambitions.
Dans les universités béninoises, le problème des allocations universitaires dépasse aujourd’hui une simple question de re**rd administratif. Il touche directement à la dignité des étudiants, à leurs conditions de vie et à leur capacité de poursuivre sereinement leurs études. Et tant que les solutions concrètes tarderont à émerger, de nombreux étudiants continueront de survivre dans l’attente d’une aide qui, bien souvent, arrive seulement après la souffrance.
Jorès Nongbédji HODONOU (Stg)
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