21/08/2026
🏁 Redevenir triathlète et terminer l’EMBRUNMAN 20 ans après : le pari réussi de Stéphane Ricard à 42 ans
Il y a un an, Stéphane m’a demandé si je pouvais le coacher pour cette épreuve mythique dans les sports d’endurance. Cet Ironman, c'est plus qu'une course et il faut l'avoir vécu pour le comprendre. Embrun, c'est Embrun. Un Ironman qui a traversé les décennies avec l'esprit des origines et ceci plus de 40 ans après sa première édition.
Steph est lui-même entraîneur à la FFA et intervient notamment auprès de l’équipe de France de trail. Honoré par sa confiance, j’ai du aussi assumer son double statut de coach et athlète de haut niveau depuis 15 ans en course à pied et raquettes. La diversité des profils de tous les niveaux que j’ai en coaching et les histoires qu’il y a derrière les projets de chacun et chacune sont clairement des moteurs tous les jours.
Au-delà des résultats, c’est la manière dont mes sportifs vivent leur coaching qui me tient à cœur. Le suivi est vivant, le plan change quand leur vie change, ils obtiennent des réponses dès qu’ils en ont besoin, la progression dure sans blessure parce que chaque séance et chaque repos ont un sens. Et pour ça, il est nécessaire d’offrir une garantie de comportement avant de promettre toujours plus de FTP ou de VMA.
Cette préparation n’a pas été un long fleuve tranquille pour plusieurs raisons. D’abord, Steph a axé toute sa première partie de saison sur du trail (avec notamment 2 trails de 60 km en mai). Il nous restait donc 2 gros mois pour basculer vers un des triathlons Ironman les plus durs au monde. Je déconseille à tout le monde de faire cela (j’ai déjà refusé des projets trop précipités qui mettent en risque la santé des sportifs) et j’ai accepté uniquement parce que je connais ses qualités depuis des années (implication, hygiène de vie, écoute de son corps) et j’ai déjà perçu de quoi il est capable pour réussir ce défi.
De plus, il a fallu intégrer dans la prépa et composer en juillet avec des courses auxquelles il était déjà inscrit (semi-marathon du Ventoux, trail de Monte Rosa by UTMB, duathlon de l’Alpe d’Huez). Notez qu’il n’y avait aucun triathlon de prévu avant le grand jour ! Enfin, on savait qu’il pouvait encaisser des grosses charges d’entraînement après toutes ces années de sport, et pourtant on a été confronté à une limite tout à fait humaine : passer d’un sport à un autre demande une certaine adaptation et engendre une fatigue inhabituelle. D’abord évidemment parce qu’il y a 3 sports au lieu d’un seul, ensuite parce que le vélo représente une grande part de l’entraînement et enfin parce que la répartition des intensités et l’articulation de celles-ci sont bien différentes de ce qu’il avait l’habitude de faire. En optimisant au maximum, nous avons très bien géré cela tel l’équilibriste sur son fil.
Malgré tout l’enthousiasme du monde, l’organisme a ses limites et je pense nécessaire d’en faire prendre conscience à tous les sportifs. À l’ère des réseaux mythos où tellement de gens s’inventent une vie de toutes pièces et mentent sur leur progression ou la manière dont ils y parviennent, un retour à la réalité s’impose. Même avec un athlète de haut niveau très expérimenté et motivé comme un cadet, on se doit de respecter une certaine progressivité et rester humble face au vivant. Les cabinets de kiné sont remplis de sportifs blessés, témoin d’une époque où nombreux se prennent pour ce qu’ils ne sont pas. Se dépasser, bien sûr que oui, mais se respecter avant tout.
Avec même pas 2000 km en vélo en 2026, Stéphane devait être le concurrent avec le moins d’entraînement (mais le plus qualitatif) dans cette discipline qui représente pourtant 60% du temps passé lors de l’Embrunman. Et finalement c’est dans cette discipline qu’il s’est le plus surpris le jour J remontant de la 281ème place à la fin des 3800 mètres de natation à la 105ème après 6h30 de vélo. Le chrono final (11h28) a été encore meilleur que l’objectif que l’on s’était fixé (12h) et que j’avais pimenté par un autre objectif de place (TOP 100) largement dépassé lui aussi en terminant 76ème.
Dès la ligne d’arrivée franchie, Stéphane, lucide, me confiait qu’il marchait sur des œufs sur le marathon suite à des dérangements intestinaux et que se rapprocher des 11h était jouable. Je suis d’accord avec lui et la nutrition sera un axe d’amélioration pour une éventuelle prochaine préparation tout en gardant à l’esprit qu’une bonne digestion en course s’inscrit dans un cadre plus large : la semaine avant course, l’expérience des triathlons (baisse du stress), l’habitude de la position horizontale en natation et du placement par rapport aux autres nageurs, la qualité de l’eau (nécessité d’avoir un système immunitaire fort), le relâchement en vélo, etc.
Si je pouvais avoir davantage la main sur une nouvelle prépa, je modifierais son calendrier de compétitions en faisant moins de trail, en ajoutant 1 ou 2 triathlons en objectifs secondaires, en axant davantage les 3 derniers mois sur du spécifique Ironman avec plus de vélo afin qu’il puisse exprimer pleinement ses grandes qualités pédestres (c’est toute la particularité de ce sport : savoir courir APRÈS avoir roulé). Mais je prends aussi l’athlète tel qu’il est, en l’occurrence un touche-à-tout, du moment qu’on est réaliste sur ce qui est faisable et sur ce qui ne l’est pas.
Qui sera de l’aventure l’an prochain ?
« Le triangle, 3 côtés. Le triathlon, 3 disciplines », Stéphane Ricard 2026 (sûrement en hypoglycémie quand il a prononcé ces mots sans plus d’explications)