13/10/2026
* L'identité professionnelle en question *
« Et du coup, tu fais quoi dans la vie ? »
Pendant des années, j'ai répondu : « Je suis éducatrice spécialisée. »
Pas « je travaille comme ». Pas « j'exerce le métier de ».
"Je SUIS".
Je ne l'avais jamais remarqué. Cela me semblait naturel.
Jusqu'à ma première période de reconversion, où cette même question, « Et du coup, tu fais quoi ? », a commencé à me mettre mal à l'aise. Je ne savais plus quoi répondre clairement. Comme si le « je suis » n'avait plus rien à quoi s'accrocher.
« Je suis infirmier. » « Je suis artisan. » « Je suis pompier. » « Je suis enseignant. » « Je suis chef d'entreprise. » ...
On l'entend partout, dans toutes sortes de métiers. Rarement comme une phrase qu'on a consciemment choisie.
Quand on s'investit fortement, le métier peut devenir bien plus qu'une activité.
Il devient source de sens :
À quoi est-ce que je contribue ? À qui est-ce que je suis utile ? Qu'est-ce que je sais faire ? Qu'est-ce qui compte pour moi ?
Plus le métier répond à ces questions, plus il prend une place identitaire importante.
Il donne aussi des repères sur soi : je soigne, j'accompagne, je construis, je protège...
Le métier devient alors un cadre à travers lequel on se reconnaît soi-même.
Et le regard des autres vient le confirmer : on me reconnaît pour mon professionnalisme, comme quelqu'un de fiable, de compétent, d'utile, quelqu'un sur qui on peut compter.
Il arrive qu'une boucle se mette en place. Plus je m'investis, plus on me reconnaît pour cela. Plus on me reconnaît, plus je m'investis encore davantage.
Et parfois, progressivement, les frontières deviennent floues.
Je travaille comme éducatrice spécialisée/ Je suis éducatrice spécialisée.
Sans même s'en rendre compte, le métier ne décrit plus seulement ce que l'on fait :
il contribue à définir qui l'on est, et ce qui donne de la valeur à ce que l'on fait de sa vie.
Ce peut être une force. Cela donne du sens, le sentiment d'être utile, d'appartenir à quelque chose.
Mais si un jour, un arrêt, une maladie, une naissance, un deuil, une séparation survient, le doute peut venir tout bousculer :
- Lorsque le travail n'est qu'une activité parmi d'autres, ne plus pouvoir l'exercer de la même façon est déjà une épreuve.
- Mais s'il est devenu l'un des principaux endroits où l'on trouve son identité, son utilité, sa valeur, son appartenance, alors ce qui vacille ne se limite pas au travail.
Et une question plus profonde affleure, que l'on ose rarement exprimer à voix haute :
« Si je ne peux plus être ce professionnel-là, qu'est-ce que cela dit de moi ? »
Selon les personnes, ce doute prend des formes différentes, par exemple :
→ l'envie de reprendre au plus vite, comme pour retrouver qui l'on est ;
→ la comparaison constante avec la personne qu'on était, avec le sentiment de ne plus être à la hauteur ;
→ ou la découverte que tout ce qui nous définit en dehors du travail était resté au second plan.
Je vous invite à vous arrêter un instant sur une autre question :
Quelle place votre métier occupe-t-il dans la façon dont vous vous définissez ?
Si elle résonne en vous, vous pouvez y répondre en commentaire, ou m'écrire en message privé.
Estelle