28/08/2022
Voici le récit de cette étape 2 de la Sables - Les Açores- Les Sables. Jamais, depuis la création de cette course il y a une trentaine d’année, il n’y avait eu une aussi longue route pour les concurrents ni d’options aussi diverses et éloignées, ce fut une course unique qui restera dans les mémoires de la classe Mini.
Arrivée De l’étape 1 à Horta, Faïal.
Une bonne bière, une baignade forcée (mais appréciée:) dans le port, et plein de choses à se raconter. J’adore les arrivées. Sans rien prendre d’autre que la peine de s’y rendre, on débarque et on évolue les premières heures, dans une sorte de coton après tant de jours en mer (12 ! ). Le sourire au bord des lèvres malgré les difficultés rencontrées. Les arrivées font partie des petits plaisirs des marins. Il me reste à peine 4 jours avant de repartir en course et j’ai pas mal de trucs à réparer, rafistoler, bricoler mais rien ne viendra entamer cet instant de grâce. On savoure la bière locale, on déguste le plat de la veille réchauffé au micro-ondes, et on fume avec plaisir la cigarette tant désirée qui clôt cette longue nav.
Une bonne nuit de sommeil et les choses sérieuses peuvent commencer. Le safran est ma priorité. Avec l’aide d'Armando Castro, le maitre-de-port d’Horta, la ferrure cassée sera ressoudée à la perfection.
Je passe les détails de l’escale pour ne pas trop charger le récit mais j’ai vraiment adoré l’accueil qui nous a été fait. La douceur de vivre des Açores me donne vraiment envie d’y revenir en famille sur Tamm-Ha-Tamm dans quelques années.
Le retour aux Sables partira dans moins de 4 jours, il n’y a vraiment pas beaucoup de gras pour être paré, mais finalement ça le fera. Je m’apercevrai tout de même la veille du départ que l’un de mes haubans (D2) a un toron de cassé 😓. Heureusement ce n’est pas l’un de ceux qui subissent le plus d’effort. Je scotche le câble blessé pour qu’il ne se détoronne pas plus, et molli un peu le gréement : ça devrait tenir jusqu’au retour, surtout si je ne fais pas trop de prés. Hormis ça je suis prêt, me sentant vraiment en harmonie avec mon bateau après 12j de mer.
Les routages prévoient du prés sur les 1300M du retour pas de quoi être à la fête.
Ce n’est que sur les dernières 24/36h de notre escale, qu’une option nord (très nord) commence à se dessiner, suivant une dorsale anti-cyclonique allant des Açores jusqu’au sud de l’Irlande. Cela nous laisse au choix du prés pour ceux qui choisissent une route directe à l’est de la dorsale, ou bien du portant pour ceux prêts à faire de la route en plus (mais ô combien plus confortable). J’ai un petit faible pour la seconde. Surtout que quasiment tous les routages la sortent favorite. Les routages prévoient 8j mais je sais maintenant qu’il faut les majorer d’au moins 20 % soit une dizaine de jours, cette règle se vérifiera une nouvelle fois.
J0 4 Août 18:00 distance au but 1270M.
Le départ est un peu particulier car il se fait au portant et donc sans bouée de dégagement.
Le vent est assez faible (7nds) et le courant avec nous. Nous sommes dans un système dépressionnaire naissant, donc pas franchement établi et centré sur les açores.
Le départ est un peu brouillon mais il n’y a pas eu (il me semble) de collisions entre les bateaux qui envoient dès la ligne de départ franchie leur grand spi. Ça fait un beau tableau, encore des images qu’on n’oubliera pas !
Pierre Leroy prend direct les commandes suivi par W***y Muller, en série sur son beau nacira (1029). Ce dernier prendra la tête de la flotte durant une paire d’heures, trop fort le mec ! Perso je suis en milieu de flotte avec une option médiane, je choisi de ne pas prendre trop de risques, avec toutes les îles avoisinantes j’ai peur de me faire piéger par des effets de sites. J’optionne surtout pour éviter leur dévent et toucher le plus rapidement le vent d’Est au nord de l‘archipel. On enchaîne les empannages jusqu’à Sao Jorge.
Puis, un gros grain vient redistribuer les cartes, les plus à l’ouest tirent leur épingle du jeu après le grain tandis que ceux à l’est subiront le dévent de Sao Jorge. Perso je m’en sort bien et parvient à rester au contact du paquet occidentale tandis que ceux de droite sont collés. Le matin je me retrouve premier pointu, entouré de nez-ronds donc pas de quoi rougir.
J1 5 Août distance au but 1210M 55é/58
Me voilà parti pour un long bord tribord amure de 4 jours.
Tout va bien à bord sauf un bruit inquiétant 😬 . Ça claque à chaque mouvement de barre depuis le départ et ça provient … de mon safran bâbord, celui que j’ai failli perdre sur l’étape 1 😱. Je ne sais pas ce qui provoque cela, j’ai l’impression qu’il y a un point dur depuis que j’ai remis le safran en place, comme si les deux ferrures n’étaient pas bien alignées. Je ne suis vraiment pas rassuré, j’imagine le pire mais ne voit vraiment pas comment arranger le problème alors que je ne peux pas lâcher de terrain à ce moment clé de la course. Je décide de surveiller régulièrement les ferrures et paliers du safran et croise les doigts pour que les bagues en plastique des axes finissent par prendre un peu de jeu.
Depuis le début de la matinée, le baromètre grimpe rapidement, signe qu’on se rapproche des hautes pressions, et que le vent va forcir. La dorsale n’est pas encore formée mais commence à naître. Comme j’ai choisi de la laisser à tribord il me faut faire du nord, s’en trop partir à l’ouest pour ne pas faire de la route inutile. En début d’après-midi, le vent commence à fraîchir. De Sud, le vent passe à l’Est alors que je fonce vers le nord, je fais donc un bord de travers sous gennaker. Ça mouille beaucoup et je suis obligé d’abattre pour pouvoir suivre la cadence des P3 et des scows qui, plus puissants peuvent loffer plus facilement et envoyer plus de toile. J’ai un réel déficit de vitesse par rapport à eux. Pour maintenir la cadence, j’abats un peu plus pour avoir de la vitesse. Mais aussi car avec le peu de précision météo que l’on reçoit à bord je préfère avoir un peu de marge avec cette dorsale en formation qui pourrait m’absorber et m’empétoler.
Le bateau va vite… mais pas dans le bon sens. Je me retrouve dès le deuxième jour hors de portée VHF des autres et en fin de classement📉, décidément ça commence à devenir une habitude. Pas le temps pour les regrets, je charbonne nuit et jour pour faire avancer le canot.
C’est vraiment pas simple pour le moral ce genre de scénario, mais au fond de moi je trouve ça excitant, c’est un coup de poker, on verra dans 4-5 jours si ça paie.
J2 6 Août distance au but 1135M 58/58
Tout est trempé à l’intérieur, j'éponge et écope sans cesse. Tant qu’il fait assez chaud je choisi de rester nu pour sécher plus rapidement . Pas complètement à poil car j’ai toujours sur moi un sac banane au cas où je sois en détresse🆘. À l’intérieur : une balise plb (satellite), et pour être vu, de la fluorescine qui forme une énorme tâche vert fluo si on la perce, des feux à main et une flashlight.
Durant 3 jours, le vent va adonner, devenir de plus en plus favorable, jusqu’à me permettre d’envoyer le spi ☂️. Le bateau va s’assagir et la vie à bord sera bien plus agréable. En terme de classement je suis à la rue, mais je le vis bien. Le bruit du safran a fini par disparaître par je ne sais quel miracle🙌. Je prends un bon rythme, les conditions sont idéales pour avaler les milles. Je pense aux camarade qui ont décidé de faire de l’Est, ils doivent être au prés avec parfois du gros temps, allure ultra-inconfortable sur nos petits bateaux tout léger.
Je me régale du fromage de Sao Jorge, un genre de comté, j’en ai 2x200g que je mange avec plus ou moins de mesure, j'en aurai jusqu'à J10. Je dors le strict minimum et cravache pour ne pas laisser la dorsale remonter au nord avant que j’ai pu faire de l’Est.
J3 7 Août distance au but 1040M 58/58
Je commence enfin à faire du NE (et dans nord-EST il y a EST ^^).
A la vacation météo, Denis Hugues nous dis qu’on est éparpillé façon puzzle sur l’Atlantique et que c’est passionnant à suivre, tu m’étonnes ! D’ici c’est un peu stressant, je commence à me demander si mon option « extrême » a des chances de marcher 🤔. Cela fait 4 jours que l’on est parti et je suis toujours dernier au classement 🥺 Il nous annonce aussi, que vu les routes de certains, suivez mon regard, il va y avoir de nouvelles zones météo de crées dans le nord, jusqu’à la latitude de l’Irlande 🍀. C’est la première fois que cela arrive en une quinzaine d’éditions depuis 30ans.
J4 8 Août distance au but 910M 58/58
Je capte enfin un camarade à l’AIS, Witold Malecki sur son vector 1071. Cela ne dure pas bien longtemps et le perds de vue une heure plus t**d.
Au classement des pointus, le 837 tient depuis plusieurs jours la première place suivi par le 1026 Tars, je me demande où ils sont 👀. Mais vu ce que dis Denis à la BLU, il n’est pas impossible que nombre de bateaux soient partis par le sud. Aïe ! Ils ont sûrement vu un truc qui m’a échappé.
Il est vrai que je n’avais pas prévu les dépressions thermiques provoquées par les fortes chaleurs sur l’Espagne et la France. Elles viennent jouer les troubles fêtes, les vents d’ouest tant attendus s’offrant d’abord aux sudistes.
Pas grave, je continue sur ma lancée... et toujours en fond de classement 😅.
J5 9 Août distance au but 770M 47/58
Je commence à entendre du (beau) monde à la VHF 📻, et comprends que je ne suis pas le seul à jouer dans le nord. Je rentre en contact avec Grégoire sur son 915 puis avec un petit groupe qu’il me fait bien plaisir de retrouver. On est donc plusieurs à longer le nord de la dorsale.
Étonnement la propagation de la VHF passe d’une petite dizaine de milles en temps normal à quasiment 70M. En scannant (en fouinant ) les canaux VHF, voir ce qui se dit, j’arrive à situer certain concurrents et même à savoir quelles conditions ils ont 😜.
J’apprends que certains se sont fait piéger par la dorsale pendant plus de 24h. Ça me fait un peu flipper et décide de ne pas traverser tout de suite pour faire encore de l’est.
Ma stratégie sera alors de franchir la dorsale entre le 10 et le 11. Elle devrait à ce moment là me passer rapidement dessus pour se recaler entre l’Écosse et Terre-Neuve en moins de 24heure. En attendant je fais de l’Est au maximum. Une dizaine de places de gagnées , je commence à remonter le classement pour la première fois 🥳 Ça fait du bien au moral et rebooste d’autant le bateau ☺️ .
J6 10 Août distance au but 660M 35/58
Un autre trublion météorologique commencera à pointer son nez à partir du 11 : un talweg.
La dépression thermique qui va se former sur la France aura bientôt une extension en plein milieu du golfe de Gascogne qui se décalera progressivement vers le nord, donc sur moi.
Le talweg c’est l’équivalent dépressionnaire (dépressif😵💫) de la dorsale, une élongation d’une dépression. Les vents y sont faibles et instables et on peut y trouver de gros orages bien venteux⛈. Quand j’y passerai, je trouverai des similitudes avec le pot-au-noir même si météorologiquement ça n’a rien à voir.
On pourrait se dire « chaque chose en son temps », mais il faut aussi prévoir qu’une fois passé la dorsale, le vent soit bien orienté et assez rapide pour me faire descendre le plus vite possible et en route directe vers les Sables, et tout ça sans me faire piéger par le talweg. Vraiment pas simple à gérer mais tellement intéressant.
Pendant ce temps-là, ceux du sud commenceront à toucher du vent enfin portant, tant mieux pour eux, je pense qu'ils ont mangé leur pain noir.
De mon côté je commence à récolter les fruits de ma route nord, bien longue mais rapide: je passe 35ème le 10. Mais je sais que cela peut vite changer.
J7 11 Août distance au but 570M 35/58
Comme prévu, je décide de passer la dorsale dans la nuit du 10 au 11. J’en sortirai, après une petite dizaine d’heures, je suis satisfait de mon choix même si cela paraît toujours interminable sur le moment.
Dans la dorsale, il faut rester constamment à la barre. A cause du peu de vent, je perds parfois complètement le contrôle du bateau ce qui m’oblige à lui faire faire un tour complet sur lui-même. Une fois ça passe, mais 4-5-6 fois à faire des 360°, bah ça rend ouf 😤!! Évidemment vu qu’on ne peut pas lâcher la barre, on fini par s’endormir dans le cockpit 😴. D’ailleurs, je n’ai pas assez dormi la veille du franchissment, because l’excitation de ce passage stratégique. et le matin en pleine pétole ça devient vraiment dur de tenir le coup.
Je suis le dernier de la flotte à passer la dorsale, je me dis après coup que j’aurais peut-être pu la passer plus tôt, mais d’autres, qui l’ont passée avant moi et plus sud, s’y sont fait piéger, tandis que d’autres en position intermédiaires y ont trouvé leur compte, mais sur le moment on ne peut pas savoir tout ça. C’est un peu la loterie. Perso j’ai essayé d’être rationnel en choisissant de la franchir quand elle se décale rapidement vers le nord et ça ne m’a pas trop mal réussi, donc pas de regrets.
En fin de journée, je commence enfin à faire du SE au travers sous gennaker, cap direct sur les Sables, nickel. La pleine lune 🌕️ sera le 12. Le spectacle de cette lune est comme d’hab magnifique mais cela annonce aussi de forts courants de marée surtout à l’entrée de la Manche et le long de la pointe Bretonne (coefficient de 105 ), pile où je dois passer, le livre des marées sera de sortie jusqu’à l’arrivée. Au classement pointu, ça sent de plus en plus bon, même si c’est super serré: je suis 1er à 5M devant le 1026.
J8 12 Août distance au but 450M 35/58
Toujours sous gennak depuis le passage de la dorsale. Je suis aussi dans un petit groupe avec le 915(Pogo3), le 889(Ofcet), et le 887(P3), et ne les lâche pas d’une semelle. Mais ce n’est pas simple de suivre leur rythme, ils ont quasi toujours à 1 nœud de plus que moi. Il n’y guère que les humeurs du vent et mon positionnement un peu plus haut qui me permettent de les suivre.
Le 1026 passe 1er pointu à 3M, c’est vraiment tendu.
J9 13 Août distance au but 313M 31/58
En voile, il faut ne jamais rien lâcher, on ne sait jamais ce qui peut arriver. Pour preuve j’arrive à doubler le P3 de Grégoire Chéron, non pas, car je suis plus rapide mais sur une casse de son bout-dehors. Une pièce de son balcon s’est dessoudée et il ne peut plus envoyer ni spi ni gennaker, des voiles qui lui seront primordiales jusqu’aux Sables. Ça peut paraître opportuniste mais c’est un aspect capital de notre sport… mécanique. On sait tous, que même le plus rapide des bateaux peut perdre beaucoup sur un soucis technique. La préparation de notre monture et son maintien en état 🛠️ y sont pour beaucoup dans le résultat final.
De mon côté rien à déplorer depuis le départ, je croise les doigts 🤞 !
En fin de journée, nous rencontrons notre fameux talweg. Le vent mollit un peu mais j’ai l’impression qu’on passe en bordure du phénomène, je n’ai pas la pétole que d’autres ont eu plus au sud, toujours d’après ce que j’ai entendu à la vhf.
D’énormes nuages droit devant, ça bourgeonne et fini par tonner. Hugo (889) à peine quelques milles devant moi, passe dans un nuage de grêle. Par chance j’arrive à contourner ce même nuage et envoie le spi médium. Je fais pas le malin sachant que le vent peut monter subitement, mais en attendant je surfe ce mastodonte à plus de 10nds quand on se traînait à 2nds quelques minutes avant. Dans le ciel, je crois apercevoir une ouverture sous forme d’une éclaircie mais tout ce à quoi j’arrive, c’est à me refaire empétoller de longues dizaines de minute tandis qu’Hugo s’échappe. Je peste après moi 😤. On apprend énormément dans ces moments là en météo (et sur soi 😅). Quand je traversais de tels systèmes météo en voilier de croisière, je faisais un peu de moteur et le tour était joué. En course, il faut essayer de décrypter le ciel et tout ce qui nous entoure, j’ai le sentiment que c’est là qu’on affine réellement notre sens marin, une de ces choses que j’étais venu chercher en mini.
J’arrive enfin à repartir dans du petit air grâce à mon spi magique, le fameux spi médium. Il ne lit pas l’avenir mais parvient à me porter quelque soit le vent, je l’aime 🥰 !!!
Toute la nuit je reste à 10M du 889 et 15M du 995. Je regarde peu dans le rétro mais le 887 ne lâche pas l’affaire et je ne m’en aperçois pas tout de suite. C’est une splendide nuit de pleine lune, avec de gros nuages en ombre chinoise. Par contre le vent a des soubresauts et menace de tomber tandis que le courant nous porte encore un peu, le talweg fait encore des siennes. Bêtement j’essaie de suivre la route directe, empanne plusieurs fois sous spi et file droit... dans une zone sans vent. Hugo Cardon 889 et Grégoire Hué 995 arrive à s’échapper les premiers et pour de bon, bien joué les gars 👍. Je suis dégoûté de m'être fait distancer si rapidement et si bêtement. L’écart se creuse avec le 1026, 30M.
J10 14 Août distance au but 180M 32/58
Le matin une brume épaisse se lève 😶🌫️, au sud du DST de Ouessant, en pleine zone de passage des cargos. On les entend faire sonner leur corne de brume 📣, c’est lugubre. Une ou deux fois l’un d’entre-eux sort du brouillard à quelques encablures et à pleine b***e (20nds), tandis que je suis sous spi. Heureusement que de nos jours, on peut-être vu et aussi les voir grâce à l’AIS, (même s’ils ont leur radar), ça permet de les contacter pour s’assurer qu’ils nous ont repéré dans cette purée de poix.
Le talweg est passé et je suis premier pointu avec 35 milles. Le 2ème est W***y Muller (Nacira) 1029, qui, j’en ai enfin la certitude, se trouve dans mon sud. Difficile de savoir comment ça va se terminer tellement les prévisions semblent hypothétiques, mais j'ai un matelas confortable à une journée de l’arrivée. Mais il ne faut pas crier victoire.
La suite est plutôt simple sur le papier, on fonce vers les Sables et puis c’est tout, sauf que ça n’est jamais aussi simple. Depuis que je suis arrivé en face de la pointe bretonne, je retrouve une chose qui ne m’avait vraiment pas manqué, d’énormes paquets d’algues en forme de spaghettis 🍝 (Himanthalia me souffle google). Je dois constamment veiller pour ne pas foncer dedans, ce qui serait vraiment terrible. Il faudrait d’abord faire une marche arrière : affaler le spi, arrêter le bateau et culer pour s’en débarrasser et si jamais ça ne fonctionne pas, affaler la gv et plonger pour les retirer de la quille, vraiment vraiment galère. J’ai bien essayé la technique de la corde à nœuds mais je ne suis jamais arrivé à rien d’autre qu’à prendre des risques inutiles sur le pont. Bref pas le choix, va falloir veiller pour les esquiver jusqu’à l’arrivée et prier pour ne pas en chopper la nuit. Un avant-goût de ce que l’on rencontrera sur le dernier tiers de la transat l'année prochaine.
Sortie de la brume, ça souffle de plus en plus et adonne, je fais le bord de spi le plus rapide depuis le départ. Il durera une vingtaine d’heures, de quoi avaler les milles. J’arrive à trouver un réglage de halebas de gv qui maintient le bateau déjeaugé quasi constamment, un vrai kiff. Sugoï est super rapide🚀, la nuit s’annonce courte mais il faut rester concentré si je ne veux pas perdre ma 1ère place de pointu.
Le vents souffle 20/24nds et le bateau bombarde à plus de 10nds. J’ai l’impression que le 887 a réparé son bout-dehors car il fait les même vitesses que moi mais ne tire pas à fond sur son bateau, ce qui est sage ;).
J10 15 Août 04:00 distance au but 90M 30/58
C’est le sprint sous spi medium. Vers 4 heures du matin, en me réveillant d’une micro sieste pour inspecter les appendices et checker que tout est en ordre, en plein surf à plus de 12nds, j’entends un énorme bang 😲, suivi d’un de choc. Le bateau part au tas quasi instantanément. Je pense alors que j’ai soit tapé quelque chose soit cassé un câble du gréement (Je pense à mon D2 détoronné ). Je tente de redresser le bateau en choquant les écoutes de la grand-voile puis du spi mais rien, le bateau reste couché. J’essaye de voir si mon safran sous le vent n’a rien et qu’aucun hauban n’est cassé mais tout à l’air ok.
Je décide donc d’affaler le spi en choquant la drisse. Un nœud se forme et le temps que je le défasse, il se passe une longue minute où le spi claque sans s’arrêter.
Le spi, enfin en drapeau, touche l’eau et passe évidemment dans … la quille 😫. Mais comme avec le casier de pêche lors de la première étape, le spi se libère par chance de la quille et vient se bloquer dans le safran tribord. Impossible de le remonter, je suis obligé de plonger pour le retirer, génial 🙄. Heureusement, j’ai mangé double ration de pâtes 🍝🍝 la veille et je suis assez reposé et lucide. Il faut absolument stopper le bateau pour relâcher la pression dans la spi qui chalute. C’est quand même une grosse affaire d’affaler la gv en urgence quand il y a plus de 20nds de vent. A poil, je saute à l’eau, libère le spi, puis grimpe à bord pour le remonter sur la plage avant. Je relance enfin Sugoï, et enfin repasse le système d’amure (que j’avais dû totalement larguer ) puis renvoie rapidement le grand spi, le vent devant mollir en fin de nuit. Il s’est écoulé 20minutes ⌚️ entre le moment où je me suis mis à l’eau et celui où j’ai relancé le bateau. Je suis content de moi car je n’ai pas perdu trop de temps dans cette histoire. En revanche le spi médium qui était ma meilleure voile est en lambeau.
Après coup, je ne sais toujours pas ce qui s’est passé n’ayant pas trouvé de traces de chocs sur la coque. Peut-être que l’écoute a claqué mais je n’avais jamais entendu un tel bruit, d’où mes interrogations. En tout cas j’espère que ce spi ne me manquera pas pour l’arrivée.
Le 887 qui était 10M derrière en a profité pour réduire significativement l’écart, il n’est plus qu’à 5M derrière, chaud !
Je commence à capter de plus en plus de concurrents. L’arrivée est proche, 77M, mais avec le vent qui molli, il reste encore une dizaine d’heures avant de passer la ligne.
Plus on se rapproche de la côte, plus le vent tombe. J’ai un bon angle mais qui je vois à l’AIS entrain de débouler ? Kalisto le P3 (893) du talentueux Bruno Lemunier, sur mon tribord. J’aperçois bientôt ce qui semble être son spi 😳.
Je joue le classement série avec lui donc redouble d’effort et d’attention pour ne pas le laisser me doubler. Au même moment, je rentre en route de collision avec un chalutier à la cardinale Sud «petite barge qui marque l’entrée de la baie des Sables. J’ai beau l’appeler pour savoir s’il m’a vu, nada. A 30 mètres, il change enfin de direction, c’était moins une, merci pour le coup de stress 🥵. On est en pleine après-midi d’Août, la baie est pleine de plaisanciers, voiliers, ski-nautiques, jet ski etc.. ça va être chaud de manœuvrer avec tout ce monde autour. L’autre mini arrive à toute berzingue sous spi. Je manœuvre comme un dingue pour ne pas le laisser passer devant, avant de m’apercevoir à une centaine de mètre de la ligne qu'en fait c’est un proto, le 719 de Piers Copham et non le 893. Donc sans risque au classement série, pas grave ça aura peut-être fait le spectacle pour quelqu’un. C’est une belle arrivée avec un (petit) match racing sous spi dans 3nds, merci Piers pour ce moment.
J’ai enfin la chance de connaître la remontée du chenal des Sables d’Olonne, dans les pas des skippers du Vendée Globe, c’est assez émouvant. Il y a même du public qui applaudit et me salut 🥳🥳 , vraiment sympa cette ambiance qu’on ne retrouve qu’aux Sables. Je me suis retenu pour ne pas percuter les feux à mains mais ;)
En arrivant au ponton, je regarde si d’autres pointus sont arrivés avant moi mais apparemment pas ! J’arrive 30e/58 et 1er pointu 🥇. 30ème, ça peut paraître une place moyenne mais pour un bateau de cette génération sur une si longue distance, je n’en reviens toujours pas.
Sugoi n’a quasiment pas était à l’arrêt : moins d’une dizaine d’heures, ce qui m’a permis de maintenir une bonne moyenne. En plus, je n’ai pas eu de soucis techniques à part la dernière nuit avec la perte du spi. C’est ce qui, je pense, a fait la différence. J’ai fait de meilleures places sur des courses précédentes mais c’était toujours car ça avait mollit par devant, là c’est vraiment la vitesse constante du bateau qui a joué. Je suis monté très nord 🥶 51°28’N (plus haut que le fasnet 🇮🇪) et fait la plus longue route : 1723M.
J’arrive 30ème/58 le 15/8/22 à 16:42 après 11j22h42m soit 1j02h33m après le premier.
J’ai fait du 4,8nds sur les 1270M de la route directe et 6,6nds sur les 1723M(!) de la route fond.
Sur cette étape, j’ai vraiment pris énormément de plaisir et j’espère que ceux qui ont suivi la course se sont régalés aussi. Je voulais faire cette SAS plus qu’aucune autre course cette année, mais je n'imaginais pas pas à quel point elle serait exaltante.
Pouvoir s’aligner au départ était déjà une victoire en soit, et la terminer sera un des plus grands moments que j’aurais vécu en mini. J’ai réalisé l'un de mes objectif qui était de terminer 1er pointu sur une des 2 étapes. Je paye les pots cassés de l’étape 1 et termine 3ème au classement général pointu. Un grand bravo aux autres pointus, à Aglaé (626) pour sa belle première place sur l’étape 1 et W***y (1029) qui remporte la 1ère place au général.
Et bien évidemment bravo aux 3 premiers qui sont allés chercher la victoire au Sud, z’êtes des machines les gars 💪 !!
Et aussi un grand merci à tous les autres concurrents sans qui cette partie d’échec océanique n’aurait pas été aussi intéressante. Nous sommes devenus meilleurs marins sur cette course à n’en pas douter et j’ai hâte de vous retrouver la saison prochaine.
Et j’allais oublié, je suis maintenant qualifié pour la Mini-Transat 2023 😃😃😃
😍 Mini Forever 😍!!
Le lien de la carto de cette étape ( n’oubliez pas d’activer le mode vent pour sentir les embruns ) : http://lessables-lesacores.geovoile.com/2022/tracker/?leg=2