21/08/2026
JOURNAL D’UN JOUEUR — ÉPISODE 5
ON VA PARLER D’ARBITRAGE
L’AUTRE CÔTÉ DU MIROIR
Texte écrit par Guillaume. Corrigé et mis en forme par Juste un Coach de Basketball.
Je suis passé de coach à arbitre.
Enfin… je suis toujours coach.
Mais maintenant, certains week-ends, je passe de l’autre côté du miroir.
Je suis passé de celui qui râle…
à celui qui entend râler.
Et bizarrement, un match n’a plus tout à fait la même apparence quand on change de côté.
Quand je suis coach, je vis le jeu.
Je pense à mon équipe, à mes joueurs, à ce que je dois changer, à cette passe qu’on aurait dû faire, à cette défense qu’on n’a pas respectée.
Je suis dans la passion.
Dans l’ambition.
Dans l’action.
Quand je prends le sifflet, tout change.
Je dois voir le ballon.
Les contacts.
Les pieds.
Les joueurs.
Les bancs.
Les coachs.
Et parfois même ce qui commence à se passer dans les tribunes.
Je dois rester calme alors que, intérieurement, je ne le suis pas toujours.
Parce qu’arbitrer, c’est aussi cette sensation étrange d’être sous tension sans avoir le droit de vraiment la montrer.
Je siffle une action parce qu’à cet instant précis, pour moi, c’est la bonne décision.
Et immédiatement, quelqu’un pense que j’ai tort.
Parfois plusieurs personnes.
Parfois toute une tribune.
Et le plus compliqué, c’est que je sais qu’elles ont peut-être raison.
Parce que oui…
Je fais des erreurs.
Je peux être parfaitement concentré pendant plusieurs minutes et, pendant une seconde, décrocher.
Une seconde suffit.
Je peux rater une faute.
Parfois, c’est encore plus étrange.
Je l’ai vue.
Je sais que je l’ai vue.
Mais je ne siffle pas.
Et deux secondes plus t**d, je me demande moi-même pourquoi.
Avant, quand j’étais uniquement coach, je pouvais me dire :
« Mais comment il peut ne pas voir ça ? »
Aujourd’hui, je sais.
Parce qu’un arbitre n’est pas une caméra.
Il doit décider.
Tout de suite.
Sans ralenti.
Sans deuxième chance.
Et au milieu de tout ça, je dois aussi gérer les réactions.
Celles des joueurs.
Celles des coachs.
Celles des parents.
Je ne peux pas prendre un air supérieur face à un coach simplement parce que j’ai le sifflet.
Ça ne ferait qu’envenimer le match.
Mais je ne peux pas non plus passer mon temps à m’excuser pour chaque décision discutable.
Parce qu’à force, je perdrais toute crédibilité.
Alors je dois parler.
Expliquer parfois.
Écouter aussi.
Mais pas trop.
Être proche sans perdre ma distance.
Être humain sans donner l’impression de douter de tout.
Et c’est là que le paradoxe devient intéressant.
Je suis coach.
Alors, forcément, il m’est déjà arrivé de râler contre un arbitre.
Aujourd’hui, quand j’arbitre, je n’accepte pas toujours qu’on râle contre moi.
Et parfois je me demande :
Est-ce que je suis aussi dur avec les arbitres que certains peuvent l’être avec moi ?
Je n’ai pas vraiment trouvé la réponse.
Peut-être parce qu’au fond, il n’y en a qu’une qui compte.
Je fais de mon mieux.
Comme le coach fait de son mieux.
Comme les joueurs font de leur mieux.
Comme tous ceux qui participent au match essaient de faire de leur mieux.
Et pourtant…
parfois, c’est stressant.
Parfois, je rentre chez moi en repensant à une décision.
À une réaction.
À un moment où j’aurais peut-être pu faire autrement.
Et plus j’arbitre, plus une question revient.
Parce que derrière ce sifflet, il y a moi.
Un homme de 45 ans.
Avec du recul.
Avec de l’expérience.
Avec suffisamment de vécu pour savoir qu’un match reste un match et que les cris finiront par s’arrêter.
Et malgré tout ça…
parfois, je ressens la pression.
Alors je me pose une question.
Si moi, à 45 ans, je ressens tout ça derrière un sifflet…
comment fait un arbitre de 16 ou 17 ans pour le gérer ?
Guillaume