07/27/2020
Jour 18
C'EST FAIT ! Après 1689 km et 18 jours de voyage à vélo, je suis arrivé à Rivière-Rouge, avec un jour d'avance, pour retrouver mes amis au canot-camping. Les derniers 42 km étaient très tranquilles, sur la piste du P'tit train du Nord, mais m'ont paru interminables tant j'avais hâte d'en finir !
Cette étape était ma dernière. J'avais initialement prévu de rentrer en vélo à Montréal après mon week-end, peut-être par fierté mais aussi faute d'une autre solution pour ramener Michel. Cependant, ce dernier n'était plus en état de faire le retour, car un nouveau rayon a lâché peu avant mon arrivée, voilant une nouvelle fois la roue. Mon expérience m'a montré qu'il ne tiendrait sûrement pas jusqu'à Montréal. Je l'ai donc confié à un pote, qui habitait dans le secteur et qui me le ramènera sous peu à Montréal, et mes amis ont pu me ramener en voiture au bercail.
Résumons un peu tout ça. Sur le plan sportif, je suis assez fier de ma progression, avec un rythme d'environ 94 km par jour, avec un vélo surchargé. Cette avancée était assez uniforme, même si j'ai parcouru plus ou moins de distance chaque jour. L'enjeu était d'avancer le plus rapidement possible, afin de prévenir les problèmes et les contretemps, mais aussi de garder du temps pour profiter du voyage et pour se reposer. Physiquement, j'ai pu tenir le coup, ce qui n'était pas certain vu mon manque de préparation. Après quelques dures journées d'adaptation, mes jambes se sont renforcées en conséquence, et j'ai pu trouver mon rythme.
Au niveau mental, le fait de réaliser cette aventure en solitaire était assez éprouvant. Certes, cela présente certains avantages, comme de choisir moi-même mon itinéraire, de partir quand je le désire et d'adapter mes efforts à ma seule forme physique. Cependant, partager l'effort avec quelqu'un est infiniment meilleur pour le mental, et permet de se soutenir mutuellement. J'ai pu m'en rendre compte lorsque j'ai fait un bout de chemin avec mes amis rencontrés sur la route : la sensation de se faire tirer par les autres rend les choses beaucoup plus faciles, et on peut se relayer en première position. Sans compter l'élément le plus important : en voyage, le partage et les échanges nous permettent de vivre pleinement l'expérience.
Il est temps de conclure sur cette belle aventure. Elle m'a permis de voir des paysages incroyables, mais le fait de les découvrir à vélo rend les choses bien plus intenses. En voyageant ainsi, on fait bien plus attention aux détails, à la beauté de la route, et on découvre des lieux qui nous sont cachés lorsqu'on utilise la voiture. J'espère aussi avoir montré qu'on peut aller loin sans recourir aux moyens de transport polluants. Savoir que je n'émettais presque pas de gaz à effet de serre, et que je laissais le moins de déchets possible derrière moi, a rendu ce voyage bien plus beau à mes yeux.
Enfin, l'aventure m'a permis de me dépasser, en trouvant la force de continuer chaque jour. Je pense qu'il n'y a pas de vant**dise à le dire, j'y ai aussi trouvé un certain courage, car au début, je me suis lancé là-dedans assez inconsciemment. Le courage, finalement, c'est pas de foncer tête baissée : c'est de savoir que c'est difficile, mais de continuer.
07/24/2020
Jours 16 et 17
Je suis si près du but. Les soucis mécaniques sont derrière moi, et c'est dans un ultime effort que Michel et moi approchons de la destination finale. 1647 km parcourus, et il n'en reste que 42 avant Rivière-Rouge. Une formalité.
Mercredi a été une journée longue distance : 128 km, pour rallier Saint-Jérôme depuis Maskinongé, passant ainsi au Nord de l'île de Montréal. Une étape assez compliquée, car le chemin n'était pas aussi évident que d'habitude, avec l'enchevêtrement de voies rapides à esquiver. Un nouveau flat m'a fait perdre du temps au niveau de Terrebonne ; presque à court de rustines, j'ai préféré changer de chambre à air. Au niveau de Blainville, quelques gouttes ont commencé à tomber, se muant en une forte pluie. C'est trempé que je suis arrivé à Saint-Jérôme, la porte du Nord, et départ de la piste du Ptit Train du Nord menant à Rivière-Rouge. L'avantage de la pluie, c'est que les gens ne se promènent pas : j'ai planté la tente dans un parc du centre-ville en toute tranquillité (l'expérience m'a appris à bien la tendre pour éviter les infiltrations).
Journée plus tranquille Jeudi en termes de distance. Après une grande lessive le matin (qui fait du bien au moral), j'ai attaqué les 92 km me séparant du Mont-Tremblant. La piste est vraiment bien entretenue, et assez plate car aménagée sur une ancienne voie ferroviaire. Cependant, elle m'a posé des problèmes au niveau physique, car elle présente un long faux plat jusqu'à Sainte-Agathe-des-Monts, avec un revêtement de graviers, bref ça n'avance pas ! Cependant les paysages sont magnifiques, la piste serpente entres monts, forêts et rivières, avec des arrêts dans de très beaux villages (dont Val-David et Val-Morin, pépites jusqu'alors inconnues). Dans ces derniers, les étapes sont les anciennes gares du chemin de fer, ce qui ne manque pas d'originalité et de charme. Après Sainte-Agathe-des-Monts, c'est jouissif. La piste devient de l'asphalte, et descend jusqu'au Mont-Tremblant. Je l'ai parcourue au crépuscule, dans une lumière incroyable.
Au village du Mont-Tremblant, une belle surprise m'attendait : le ciel s'est totalement dégagé, me permettant d'admirer la comète Neowise, qui est passée au plus près de notre planète hier soir. Un cadeau de bienvenue qui m'est offert par les astres ? Possible..
Dernière étape aujourd'hui, avec les 42 km me séparant de Rivière-Rouge ! Je pourrais peut-être en faire un marathon, en portant Michel sur mon dos 🤔
07/22/2020
Jour 15
Une journée atypique dans ma routine sportive. J'ai préféré rejoindre Shawinigan la veille au soir, et camper quasiment devant le Sports Experts, histoire d'y être à la première heure le matin pour faire réparer mes rayons. Il s'est avéré que ni dans ce magasin, ni dans aucun autre, il n'était possible de faire la réparation aujourd'hui (car on est en pleine saison et ils sont tous surchargés). Je commençais à désespérer, quand j'ai fini par trouver une boutique pouvant m'aider, à Shawinigan Sud. J'y ai foncé, mais ils ne pouvaient pas s'en occuper avant la fin de la journée. J'ai donc laissé Michel entre leurs mains salvatrices, et, quitte à être immobilisé, autant en profiter pour s'instruire : j'ai visité la cité de l'énergie, qui n'est autre que la plus vieille centrale hydroélectrique du Canada encore en activité ! Eh oui Jamie ! Et franchement je recommande fortement si vous passez à Shawinigan.
J'ai récupéré Michel à 18h, mais je n'ai pu faire que 60 km avant que le soleil ne se couche. J'ai rejoint le chemin du Roy, que j'avais emprunté à l'aller pour me rendre à Québec. Qu'il est étrange de sillonner une route que je connais déjà ! Cela me donne un certain sentiment de nostalgie, de cette première journée où je m'elançais et où j'avais tout à découvrir.
Je plante la tente en direct à Maskinongé ! Demain, direction Saint-Jérôme et le P'tit train du Nord, en passant au Nord de Montréal !
07/20/2020
Jours 12, 13 et 14
Ces derniers jours ont été très intenses, tant physiquement que mentalement.
Physiquement, car j'ai effectué en 2 jours la longue traversée (217 km) permettant de revenir vers Montréal, via la route 155, qui présente un important relief. De plus, un vent de face n'a pas cessé de souffler et de me ralentir. Mentalement, surtout, car cette route est extrêmement longue et il n'y a pas une habitation sur des dizaines et des dizaines de kilomètres : un long désert de forêts et de rivières. Au niveau du paysage, c'était le top. Mais il est vraiment décourageant de n'avoir aucun point de repère pour mesurer sa progression et faire des pauses, à part les bornes kilométriques.
Enfin, mon fidèle Michel est à bout de souffle. Samedi (jour 12), alors que je terminais tranquillement le tour du lac St Jean par la veloroute des bleuets, j'ai remarqué que ma roue arrière était voilée, et pour cause : quatre rayons avaient cassé, sûrement à cause du poids de mes bagages. J'ai immédiatement été faire réparer ça. Seulement, pas plus t**d qu'hier, rebelote : un, puis deux rayons qui sautent en fin de journée, voilant la roue de façon inquiétante. N'ayant aucun moyen de faire réparer ça à la Tuque, mon étape du soir, je décide de tenter ma chance le lendemain et d'atteindre Shawinigan. À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire, comme on dit. Michel a triomphé, mais dans quel état il est arrivé aux Grandes Piles ! Je ne compte plus les rayons cassés, et la roue est tellement voilée que je ne roule plus droit. Il est 18h, les bikeshops de Shawinigan, à 10km, sont fermés le lundi. Je vais donc camper aux Grandes Piles, et rouler à petite vitesse pour faire réparer ça à la première heure demain.
Il faut quand même voir le bon côté des choses : je ne suis pas peu fier de mes deux dernières étapes, un important défi que j'ai pu relever haut la main. La deadline pour boucler ma boucle approche, et il était important de couvrir cette grande distance rapidement. Et le paysage était vraiment magnifique, même si j'étais concentré sur ma progression et que je n'ai pu en profiter pleinement.
Prochaine étape : rejoindre la piste du Ptit Train du Nord, qui monte jusqu'au Mont-Tremblant et Rivière-Rouge ! L'itinéraire exact n'est pas encore défini, mais ça va pédaler dur ! 😤
07/18/2020
Jours 10 et 11
Les problèmes arrivent, alors que je fais le tour du lac St Jean par la véloroute des bleuets.
Je suis parti de Chicoutimi en pleine forme jeudi matin. Un temps frais, une route en légère pente, les jambes reposées, les kilomètres défilent. Peu avant Alma, je roule sur un clou. Je sais toujours pas comment c'est possible vu la longueur du clou, mais il a complètement traversé mon pneu et ma chambre à air. Deux heures, beaucoup de frustration et de rustines plus t**d, je repars. Cette trop longue pause m'a affaibli, et j'atteins difficilement Sainte-Monique en début de soirée, où un spot magnifique m'attend au bord de la rivière. J'ai fait la connaissance de deux français ayant posé leur van au même endroit, et on a passé un bon début de soirée ensemble.
C'était sans compter sur la pluie ! Battante, impitoyable, elle a commencé à tomber sans s'arrêter, nous forçant à improviser un abri à l'aide d'une bâche. Lorsque je me suis endormi, des seaux d'eau martelaient ma toile de tente. Je me suis réveillé dans une mare. L'eau s'était infiltrée par en-dessous, et tombait goutte par goutte du toit. L'enfer. J'ai levé le camp sous une pluie diluvienne, et je me suis réfugié dans un centre sportif, où j'ai passé la matinée en attendant que mes affaires sèchent et que la pluie cesse. Vers 2h, le soleil a enfin percé les nuages, et je peux enfin repartir. Mon objectif était Saint-Felicien, à plus de 100km de là, mais en commençant si t**d, je n'ai pu atteindre que Normandin, à 80km.
À cause de ces contretemps, je n'ai pas profité autant que je l'aurais voulu de cette belle piste cyclable qui fait le tour du lac Saint Jean. J'ai toutefois adoré la traversée du parc National de la Pointe-Taillon, entre Alma et Sainte-Monique, dans un milieu sauvage de tourbières et de forêts de bouleaux. Le paysage, beaucoup plus plat que celui des jours précédents, n'en est pas moins beau. Rivières, champs et forêts se succèdent au fil de ma route dans une reposante harmonie. C'est vraiment la belle province.
Direction Chambord, pour ensuite quitter la véloroute des bleuets et entamer le retour vers Montréal via la Tuque et Trois Rivières ! J'en suis à 1060 km ! 👊
07/16/2020
Jours 8 et 9
Je suis en pleine nature. C'est exactement ce que je suis venu chercher. J'ai passé ces deux derniers jours à remonter le cours du Saguenay et son fjord, tranquillement le premier jour, moins tranquillement le second. La région, accueillant beaucoup moins de villages et d'habitations, m'a permis une déconnexion bien plus importante (faute de batterie, j'ai pu prendre beaucoup moins de photos, et j'en suis désolé 😉).
Je me suis réveillé à Tadoussac mardi matin, gelé. N'ayant pas de matelas, j'ai cru que c'était une bonne idée de poser ma tente sur un sol de mousse, mais j'ai l'impression que la rosée est bien plus importante sur ces végétaux : l'humidité est passée au travers de ma bâche, et je me suis retrouvé trempé. Mal réveillé donc, je profite quand même d'un beau lever de soleil sur la baie, et j'aperçois quelques bélugas et rorquals au loin (on en voit un sur l'une de mes photos) !
La pluie commence à tomber. Posé au café Bohème, j'en profite pour écrire (cartes postales, journal) et pour planifier la suite de mon parcours. Vers midi, le soleil perce les nuages. Je n'attendais que ça pour prendre la route du fjord, qui longe le Saguenay jusqu'au lac Saint-Jean !
Une trentaine de km plus loin, je pénètre dans le parc national du fjord du Saguenay, secteur de la baie Ste-marguerite. Bien que le secteur le plus impressionnant soir celui de la rive Sud, du côté de Baie-Eternité, une courte randonnée m'offre des vues grandioses sur le fjord. Je décide de profiter du parc, et je campe au bord d'une rivière à quelques km de là, au coin du feu, avec un ciel étoilé des plus purs.
La lendemain, journée bien plus sportive, les kilomètres ne vont pas se faire tout seuls ! Je progresse sur une route difficile, présentant un important relief. Après une matinée intense, j'atteins Ste-Rose-du-Nord, charmant petit village posé sur le bord du fjord. Tout en roulant vers ce village via la route descendant en pente douce sur plusieurs km, j'appréhende la remontée à venir. Le canyar, la digestion, les côtes gravies le matin me tirent vers le bas tandis que j'entame l'ascension vers la route 172. Sûrement la progression la plus difficile depuis le début du périple. Haletant, suant, déshydraté (je croise très peu de maisons pour remplir ma gourde) je roule lentement sous un soleil de plomb. J'atteins enfin la dernière côte. Une longue descente me fait rejoindre le bord du Saguenay, et une route plate me mène à Chicoutimi. Je m'installe sur un site idéal peu après la ville, au bord de l'eau, et je goûte un repos bien mérité, mes pensées se perdant dans les flammes.
Direction le lac Saint-Jean et la veloroute des Bleuets ! 😁
07/14/2020
Jour 7
Cela fait maintenant 6 jours que je longe le Saint-Laurent en direction du Nord-est. Cette journée marque la fin de cette première partie du trip, qui m'a fait arpenter le macadam du chemin du Roy et de la route des navigateurs.
Après un lever à 5h30 et un petit déjeuner offert par mon ami Peter (du gruau aux pommes et aux graines fait maison), j'ai quitté le parc national du Bic en direction de Rimouski. J'ai pédalé le plus vite possible, le traversier partant à 8h, et 25km (et quelques belles côtes) me séparaient de la ville. Hors d'haleine, j'ai réussi à monter sur le traversier à 7h40, c'était moins une.
Après une tranquille heure de bateau, me voilà à Forestville, le début de la côte Nord et point le plus septentrional de l'aventure. Après une solide collation, Michel et moi nous élançons vers Tadoussac, à 100km de là, sur la route des baleines ! Celle-ci porte bien son nom, car elle longe les eaux du chenal laurentien, que la rencontre avec le Saguenay remplit de zooplancton, la nourriture favorite des grands mammifères marins. Ces conditions font donc de Tadoussac, à l'embouchure du Saguneay, l'un des meilleurs sites d'observation des baleines au Monde !
La route, qui longe de temps à autres le Saint-Laurent, est aussi belle que difficile. Le territoire est sauvage, les immenses plaines de la côte Sud se sont changées en forêts de sapins, grimpant sur de petites montagnes. Qui dit montagnes dit côtes à gravir, dont la plupart se concentrent sur la dernière portion du trajet, après les Escoumins. La dernière, avant de quitter la route des baleines et de prendre la direction des dunes de sable, m'a littéralement scié les jambes. Quelques minutes plus t**d, je marchais, chancelant mais ravi, dans le sable de ces immenses dunes surplombant la baie de Tadoussac. Un spectacle étonnant dans cette région, agrémenté de roches délicatement polies au fil des siècles par le travail de l'érosion. Dans la lumière déclinante de ce début de soirée, j'ai pris la route en pente douce de Tadoussac, dont les bâtiments au charme authentique étaient animés et illuminés. Épuisé par les quelques 130 km de cette journée, je n'ai pas t**dé à planter ma tente dans un petit parc, et à plonger dans un sommeil bien mérité.
Me voilà à l'embouchure du Saguenay, dont je vais ensuite remonter le cours pour admirer ses fameux fjords ! Hâte d'explorer tout ça ! 😁
07/13/2020
Jour 6
La roue tourne a tourné. Le vent aussi. C'est avec ce dernier dans le dos que j'ai quitté Rivière-du-Loup, mais aussi mes amis qui prenaient une autre direction. De Rivière-du-Loup à Trois Pistoles, c'était le grand kiff. Le vent accompagnant mes efforts, la route plate à souhait, mes jambes reposées après une bonne nuit de sommeil, j'ai tracé.
Je me suis arrêté à un spot très cool au bord de la route, une vieille maison en ruines au bord d'une cascade. Petite séance Urbex dans cet étrange décor.
Mais encore une fois, la météo vient jouer les trouble-fêtes. Une grosse pluie, le genre qui te trempe des pieds à la tête, m'a surpris un peu avant Saint-Simon. Je me suis réfugié sous le préau d'une maison qui avait l'air vide. Trente minutes plus t**d, je tentais une sortie : j'ai à peine eu le temps d'atteindre Saint-Simon que je reprenais la do**he. Je suis resté bloqué là-bas pendant plus de deux heures. Le temps filait, et j'avais hâte d'arriver au parc du Bic, qui était si proche. La pluie faiblissant, je me suis lancé. J'ai bien fait, puisque le ciel se découvrait peu à peu derrière moi, tandis que j'atteignais le parc national.
J'ai pris une grande claque en arrivant, c'était juste grandiose. Une première montée au belvédère m'a offert une vue d'ensemble franchement pas dégueu. Une énorme descente m'a amené à la plage, qui forme une grande anse surplombée par des falaises à pic et des forêts de sapins. Dans la lumière dorée du crépuscule, c'était vraiment un spectacle féerique, j'avais l'impression d'être au bout du monde. Je me suis enfoncé dans le parc, via une piste cyclable serpentant entre les pins, un moment de vélo de montagne particulièrement relaxant après ces longues journées le long de la côte. Arrivé au camping "Bienvenue cyclistes", vide et apparemment gratos, je plante direct ma tente, et je fonce sur la pointe du parc pour admirer un des plus beaux couchers de soleil de ma vie. Je vous laisse voir les images, c'est indescriptible.
Peter, mon pote en fat bike, m'a rejoint au camping, et on a dîner en discutant, heureux que nos aventures nous aient amenés dans un si bel endroit.
C'était ma dernière nuit sur la route des navigateurs du bas Saint-Laurent ! Prochaine étape : le traversier de Rimouski-Forestville, et la route des baleines vers Tadoussac ! 🐳
07/12/2020
Jours 4 et 5
C'est l'heure des changements de plans. J'ai pris pas mal de ret**d avec mon repos dans la ville de Québec, qu'il faut maintenant rattraper ! La météo ne me laisse pas faire. Ces deux derniers jours, un vent sud-ouest (de face) souffle sans faiblir, me faisant grogner et suer. J'ai l'impression de faire du sur-place.
Devant cette allure peu rassurante, je décide de faire une croix sur mon détour prévu au lac Temiscouata. J'avais juste lu de bonnes choses sur celui-ci dans mon guide du rout**d, mais c'est une étape qui m'aurait fait perdre trop de temps, et qui présentait plus de 1000m de dénivelé positif depuis Kamouraska... J'ai donc décidé de rester sur la route des navigateurs jusqu'à Rimouski, en longeant le Saint-Laurent. La vue est si belle que je n'ai aucune envie de m'en écarter.
C'est aussi l'heure des rencontres, puisque je croise par pur hasard Margaux et Nicolas, deux potes de l'ETS, à Saint-Jean-Port-Joli. Ils faisaient aussi un road trip à vélo, mais eux partaient pour la Nouvelle-Ecosse. On suivait pour l'instant la même route, alors on a fait un bout de chemin ensemble, et j'ai pu connaître le bonheur de se faire tirer par d'autres cyclistes et de lutter ensemble contre le vent et les côtes. On a campé à Saint-Roch, sur un magnifique bras de mer qui nous a offert le plus beau coucher de soleil depuis le début de ce périple.
Je suis reparti en solitaire le lendemain, car ils étaient bien plus matinaux que moi. La météo a empiré. Le vent s'est renforcé, et la pluie s'est invité à la fête. C'est complètement épuisé et trempé que je suis arrivé à Kamouraska. En déjeunant (une poutine au casse-croute, le meilleur réconfort possible), j'ai fait la connaissance de deux cyclistes québécois en fat bike, Peter et Dave, qui ont 1000x plus d'expérience que moi sur ce genre de voyage, et qui m'ont fait profiter de leurs nombreux conseils. Je repars en solo jusqu'à Saint-André, toujours sous un vent infernal, et je retrouve les copains là-bas. On finit ensemble l'étape du jour, jusqu'à Rivière-du-Loup, la plus grande ville depuis Québec. Mes potes en fat bike nous rejoignent, et c'est avec cette belle gang qu'on sort boire un coup et manger dans un bon restau, avant de monter le campement dans un parc, en plein centre-ville.
Conclusion : deux jours très mouvementés sur la route des navigateurs, très intenses physiquement, et très mauvais météorologiquement. Mais des rencontres qui font chaud au coeur, et qui rendent cette aventure en solitaire plus humaine, pendant un bref instant.
Nos routes se séparent ce matin, puisque je continue vers le Nord, direction le parc national du Bic et Rimouski !! 👊
07/10/2020
Jour 3
Un jour intense. Offrant du défi, de la souffrance, du soulagement, de la détente et du plaisir. Ce dernier sentiment l'emporte finalement, mais il se mérite ! Une étape plus courte que les deux précédentes (73 km) mais peut-être la plus difficile, à cause de l'accumulation de fatigue, mais surtout à cause du relief qui commence à s'accentuer. La fin du chemin du Roy, qui prend à partir de Portneuf le nom de sentier du littoral, est une succession de montées et de descentes serpentant joyeusement entre les champs, m'offrant autant de jolis paysages que de crampes aux mollets..
Québec, enfin, est apparue comme un trophée au détour d'un virage du Saint-Laurent. J'ai enfin achevé ce chemin du Roy, qui a representé 303 km depuis Montréal. J'ai pris tellement de plaisir à me poser, à boire des coups et à visiter (très très doucement) que j'ai laissé filer le temps comme un idiot, au lieu de reprendre ma route. Le tour de l'île d'Orléans que j'avais prévu m'est apparu complètement inutile, et j'ai fait l'impasse. J'ai sauté dans l'un des derniers traversiers pour Lévis, juste en face du vieux Québec (ce qui m'a évité de revenir sur mes pas pour prendre le pont).
Il fallait faire vite pour trouver où planter ma tente, la nuit commençant à tomber. J'ai donc pris la route des navigateurs, qui borde le Saint-Laurent de Trois-Rivières à Rimouski et que je suivrai jusqu'à cette dernière. Après une heure de recherches et de tentatives infructueuses pour trouver un spot, j'ai finalement achevé ma journée dans un petit parc à Beaumont, village perché en face de l'île d'Orléans.
Physiquement, il s'est produit quelque chose de curieux : en arrivant à Québec, exténué, je me suis étiré pendant au moins une demi-heure, priant pour que la douleur passe le lendemain. Mais le soir venu, lorsque je me suis rendu compte qu'il fallait entamer la route vers le Nord pour trouver un endroit où dormir, j'ai eu une agréable surprise : j'ai pédalé avec facilité, même dans les côtes, j'avais de la dynamite dans les jambes et j'aurais certainement continué le plus loin possible s'il ne faisait pas nuit noire ! Voilà qui mérite réflexion pour la suite du périple, vu qu'il est difficile de progresser dans le canyar de l'après-midi, peut-être que j'essaierai de réorganiser mes trajets et d'en faire une partie en début de soirée..
À suivre : Yamouraska, sur la route des navigateurs !! 👊
07/09/2020
Jour 2
Le périple continue sur le chemin du Roy, la route de Montréal à Québec ! J'ai enfin trouvé mon rythme. Après une première journée éprouvante, mes jambes se sont adaptées à l'effort, et m'ont permis de franchir cette étape de 105 km sans problème. J'ai fait de nombreuses pauses, car il faisait à nouveau très chaud, mais aussi pour profiter de la beauté des villages dans lesquels je me suis arrêté.
J'avais initialement indiqué Portneuf comme étape, mais j'ai décidé de camper ici pour la beauté des lieux : un vieux presbytère surplombant le cap de Lauzon, offrant un accès à une belle plage parsemée de rochers, un cadre idéal dans la douce lumière du soleil couchant. J'ai eu la bonne surprise de retrouver deux amies de Montréal en vadrouille dans le coin, Aude et Mélissa, avec lesquelles j'ai passé la soirée.
J'avais d'abord prévu de planter la tente sur la plage, sur une des rares parcelles de sable, mais la montée extrêmement rapide de la marée (eh oui, il y a des marées dans le Saint-Laurent) a contrecarré mes plans. Je me suis donc installé dans les jardins du vieux presbytère, près des nombreux vans garés ici pour la nuit : en plantant ma tente à 23h et en partant le matin à 6h, on ne risquait pas de me remarquer !
Direction Québec ce matin, qui n'est plus très loin !!