05/21/2021
REINES ET ROIS DE LA MONTAGNE
HORS-PISTES / Les côtes. Si vous vous êtes récemment mis au vélo et que le vôtre ne promet pas de vous soustraire à la gravité grâce à l’assistance électrique, il est plus que probable que les déclivités au-delà de 3 ou 4 % sont vos bêtes noires. Celles de 8 à 10%, un cauchemar.
C’est ainsi qu’en montant la côte de Cap-Rouge, vous réalisez que les cyclistes professionnels ne sont pas d’une maigreur effarante parce qu’ils souffrent de troubles alimentaires (bien qu’il s’agisse d’un réel problème de santé dans le peloton). Plus ils sont légers et moins la masse qu’ils ont à trimbaler jusqu’au sommet est importante. Dans le jargon, on parle de rapport poids/puissance, ou de watts par kilo.
Mais vous n’en êtes évidemment pas là et vous demandez, dans un mélange d’espoir et de scepticisme : est-ce que ça peut devenir agréable de grimper? La réponse est : quand même, oui. Je prends désormais un plaisir certain à gravir des cols de haute montagne dont l’altitude se mesure en milliers de mètres. Et il faut parfois une heure, voire plus encore, pour franchir une seule montée.
Mais j’ai longtemps, moi aussi, redouté les côtes. Au-delà des entraînements très spécifiques, je savais que pour m’améliorer et m’adapter à ce type d’effort, je devais en faire beaucoup et souvent. Alors deux fois par semaine, je me suis mis à aligner toutes celles qui font face au fleuve, sur Champlain. Ross, du Verger, Gignac, de l’Église, Gilmour. Puis, je les faisais deux fois chacune. Puis trois.
Mais plutôt que de vous imposer ce calvaire, je vous suggère quelques destinations qui vous permettront d’ajouter de belles grimpes à votre sortie, sans vous donner l’impression d’avoir été condamné au même supplice que Sisyphe.
SAINT-ACHILÉE
Il règne un inquiétant parfum d’étrangeté dans cette montée qui débute brutalement dans le village de Château-Richer pour aboutir aux portes des terres du Séminaire, 13 km plus loin et environ 450 m plus haut. Passé la ferme bio, après la piste de karting, la pente s’adoucit, reprend du pic, puis s’adoucit, puis ça descend, et ça remonte encore. Lorsqu’on en a sous la pé**le, ces changements de rythme sont autant d’occasions d’impétueuses relances. Sinon, il s’agit d’agréables moments de répit. Au final, la montée cumule une moyenne de 3 % de pente. Arrivé au village, presque toujours désert, on a un peu le sentiment d’être dans un recoin de la Virginie. Chaque fois que j’y vais, j’y vois un truc étrange, ou alors c’est l’absence de signe de vie qui donne le sentiment d’être un intrus. Est-ce un banjo que j’entends au loin?
LA PLAGE FORTIER
La montée vers le camping de la plage Fortier, depuis L’Ange-Gardien, est un peu moins exigeante. Si vous allez jusque dans la boucle du secteur le plus élevé, vous atteindrez une altitude de 250 m en ayant franchi 9 km. Mais vous pouvez évidemment rebrousser chemin quand vous voudrez. Après la première pente, assez costaude, ça se calme un peu, puis d’autres bosses vous attendent en route vers le camping. Le secteur est mixte, mélange de banlieue et de campagne. La descente est féérique. Vous contemplez l’ile d’Orléans, la côte de Beaupré, le fleuve. C’est le tribut des grimpeurs : ces paysages qui n’appartiennent qu’aux hauteurs.
SAINT-FERRÉOL
Nous demeurons dans la portion est, je sais. Mais il reste que les montées un tant soit peu constantes et de longue durée sont plus rares en sens opposé. Au nord (entre Stoneham et Tewkesbury, ou de Beauport jusqu’à Lac-Beauport en passant par la bien nommée côte du Calvaire), le trafic souvent lourd est un obstacle si on n’y est pas habitué. Quant à la Rive-Sud, il faut s’éloigner pas mal du fleuve pour que le niveau de pente augmente. J’ajoute donc ici la route vers Beaupré et Saint-Ferréol, depuis le bas de l’avenue Royale, parce qu’elle constitue une longue et assez difficile montée. Elle comporte plusieurs descentes et remontées abruptes, donc de nombreux changements de rythme. Mais en allant tout au bout, jusqu’à la 138, vous aurez escaladé plus de 400 m sur un peu moins de 20 km. Attention quand même aux voitures, surtout après le mont Sainte-Anne. La cohabitation est généralement tolérable, mais l’accotement est souvent anecdotique, voire inexistant.
Source : Le Soleil, David Desjardins.
LE MONT BÉLAIR
Incontournable, d’abord parce qu’il domine le paysage à l’ouest de la ville, le mont Bélair est un défi de grimpe réservé à celles et ceux qui veulent faire état de leur forme et de leur capacité à souffrir. Débutants : s’abstenir. C’est encore mieux si vous le prenez depuis la route Notre-Dame : la montée par Jean-Gauvin est magnifique, mais il s’agit aussi d’un apéritif costaud. Au total, en partant de là, vous aurez cumulé presque 9 km à 5 % de moyenne. Le mont Bélair lui seul débute par un mur de 500 m à 16 %. Décourageant, dites-vous? Très certainement. Mais la pente devient — relativement — plus facile par la suite, puisque sur 4 km au total, la moyenne oscille tout juste sous les 8 %. C’est, j’en conviens, loin d’être aisé. Surtout que la surface, pas toujours heureuse, viendra ajouter à la difficulté. Y compris lors de la descente qui nécessite une bonne maîtrise de votre engin : considérez-vous avertis. Mais tout en haut, à plus de 400 m d’altitude, c’est presque toute la région de la Capitale ainsi que celle de Portneuf qui s’offrent au regard, à l’ombre des tours de transmission. Vous y croiserez peut-être des jeunes venus boire une bière (attention, d’ailleurs, au verre brisé), un couple s’adonnant à l’indémodable plaisir du «parking» et… quelques motocross. À moins que vous ne voyiez plus très clair en atteignant le sommet et cherchiez votre air plutôt que quelque vue ou pittoresque atmosphère, ce qui n’est pas impossible.
Reines et rois de la montagne
HORS-PISTES / Les côtes. Si vous vous êtes récemment mis au vélo et que le vôtre ne promet pas de vous soustraire à la gravité grâce à l’assistance électrique, il est plus que probable que les déclivités au-delà de 3 ou 4 % sont vos bêtes noires. Celles de 8 à 10%, un cauchemar.