Amoureux/Amoureuses de la lecture

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19/12/2022

les ép*s entre deux pierres pour faire du pain, ou elles le faisaient bouillir
d’abord pour obtenir de l’umphothulo (farine de maïs qu’on mange avec du
lait caillé) ou de l’umngqusho (gruau qu’on mange seul ou mélangé à des
haricots). Contrairement au maïs, qui manquait parfois, les vaches et les
chèvres nous fournissaient du lait en quantité.
Très jeune, j’ai passé l’essentiel de mon temps dans le veld à jouer et à me
battre avec les autres garçons du village. Un garçon qui restait à la maison
dans les jupes de sa mère était considéré comme une femmelette. La nuit, je
partageais mon repas et ma couverture avec ces mêmes garçons. Je n’avais
pas plus de cinq ans quand j’ai commencé à garder les moutons et les veaux
dans les prés. J’ai découvert l’attachement presque mystique des Xhosas
pour le bétail, non seulement comme source de nourriture et de richesse,
mais comme bénédiction de Dieu et source de bonheur. C’est dans les
prairies que j’ai appris à tuer des oiseaux avec une fronde, à récolter du miel
sauvage, des fruits et des racines comestibles, à boire le lait chaud et sucré
directement au p*s de la vache, à nager dans les ruisseaux clairs et froids et à
attraper des poissons avec un fil et un morceau de fil de fer aiguisé. J’ai
appris le combat avec un bâton – un savoir essentiel à tout garçon africain
de la campagne – et je suis devenu expert à ses diverses techniques : parer
les coups, faire une fausse attaque dans une direction et frapper dans une
autre, échapper à un adversaire par un jeu de jambes rapide. C’est de cette
époque que date mon amour du veld, des grands espaces, de la beauté simple
de la nature, de la ligne pure de l’horizon.
Les garçons étaient pratiquement livrés à eux-mêmes. Nous jouions avec
des jouets que nous fabriquions. Nous façonnions des animaux et des
oiseaux en argile. Avec des branches, nous construisions des traîneaux que
tiraient les bœufs. La nature était notre terrain de jeu. Les collines au-dessus
de Qunu étaient parsemées d’énormes rochers que nous transformions en
montagnes russes. Nous nous asseyions sur des pierres plates et nous nous
laissions glisser sur les rochers jusqu’à ce que nous ayons tellement mal au
derrière que nous puissions à peine nous asseoir. J’ai appris à monter sur
des veaux sevrés ; quand on a été jeté à terre plusieurs fois, on prend le coup.
Un jour, un âne récalcitrant m’a donné une leçon. Nous montions sur son
dos l’un après l’autre et, quand mon tour est arrivé, il a foncé dans un
buisson d’épines. Il a baissé la tête pour me faire tomber, ce qui est arrivé,
mais seulement après que les épines m’eurent griffé et écorché le visage, en
m’humiliant devant mes camarades. Comme les Asiatiques, les Africains ont
un sens très développé de la dignité, ce que les Chinois appellent « ne pas
perdre la face ». J’avais perdu la face devant mes amis. Ce n’était qu’un âne
qui m’avait fait tomber mais j’ai appr

19/12/2022

A l’époque, en Afrique du Sud, à part de rares exceptions, les Africains
n’aimaient pas la propriété privée de la terre, ils étaient locataires et payaient
un loyer annuel au gouvernement. Dans le voisinage, il y avait deux écoles
élémentaires, un magasin et un réservoir pour y baigner le bétail afin de le
débarrasser des tiques et des maladies.
Le maïs (que nous appelions mealies), le sorgho, les haricots et les
citrouilles composaient l’essentiel de notre nourriture, non pas à cause d’une
préférence que nous aurions eue, mais parce que les gens ne pouvaient pas
s’acheter autre chose. Les familles les plus riches de notre village ajoutaient
à cela du thé, du café et du sucre mais, pour la plus grande partie des gens de
Qunu, il s’agissait de produits luxueux et exotiques au-dessus de leurs
moyens. L’eau qu’on utilisait pour la ferme, la cuisine et la lessive, on devait
aller la chercher avec des seaux dans les ruisseaux et les sources. C’était le
travail des femmes et, en réalité, Qunu était un village de femmes et
d’enfants : la plupart des hommes passaient l’essentiel de l’année à travailler
dans des fermes éloignées ou dans les mines du Reef, la grande crête de
rochers et de schistes aurifères qui forme la limite sud de Johannesburg. Ils
revenaient deux fois par an, surtout pour labourer leurs champs. Le travail à
la houe, le désherbage et la moisson étaient laissés aux femmes et aux
enfants. Dans le village, personne ou presque ne savait lire et écrire, et pour
beaucoup l’instruction restait une idée étrangère.
A Qunu, ma mère régnait sur trois huttes qui, autant que je m’en
souvienne, étaient toujours pleines des bébés et des enfants de ma famille.
En fait, je ne me souviens pas d’avoir été seul pendant mon enfance. Dans la
culture africaine, les fils et les filles des tantes ou des oncles sont considérés
comme des frères et des sœurs et non comme des cousins. Nous
n’établissons pas les mêmes distinctions que les Blancs à l’intérieur de la
famille. Nous n’avons pas de demi-frères ni de demi-sœurs. La sœur de ma
mère est ma mère ; le fils de mon oncle est mon frère ; l’enfant de mon frère
est mon fils ou ma fille.
Parmi les trois huttes de ma mère, une était utilisée pour la cuisine, une
autre pour dormir et une autre comme réserve. Dans la hutte où nous
dormions, il n’y avait pas de meubles au sens occidental du terme. Nous
dormions sur des nattes et nous nous asseyions par terre. Je n’ai découvert
les oreillers qu’à Mqhekezweni. Ma mère cuisinait dans une marmite de fer à
trois pieds installée sur un feu au centre de la hutte ou à l’extérieur. Tout ce
que nous mangions, nous le cultivions et le préparions nous-mêmes. Ma
mère semait et récoltait son propre maïs. On le moissonnait quand il était
dur et sec. On le conservait dans des sacs ou des trous creusés dans le sol.
Les femmes utilisaient plusieurs méthodes pour le prépare

23/11/2022

Partie 1: suite

Kaizer Daliwonga,plus connu sous le nom de K.D. Matanzima, l’ancien Premier ministre du
Transkei – mon neveu d’après la loi et la coutume –, était un descendant du
second. Le fils aîné de l’Ixhiba s’appelait Simakade, dont le plus jeune frère
s’appelait Mandela, mon grand-père.
Pendant des décennies, des histoires ont affirmé que j’appartenais à la
lignée de succession au trône des Thembus, mais la simple généalogie que je
viens d’exposer à grands traits montre que ce n’est qu’un mythe. Bien que
membre de la maison royale, je ne faisais pas partie des rares privilégiés
formés pour gouverner. A la place, en tant que descendant de l’Ixhiba, j’ai été
préparé, comme mon père avant moi, à conseiller les dirigeants de la tribu.
Mon père était un homme grand, à la peau sombre, avec un port droit et
imposant dont j’aime à penser que j’ai hérité. Il avait une mèche de cheveux
blancs juste au-dessus du front, et quand jetais enfant je prenais de la cendre
blanche et j’en frottais mes cheveux pour l’imiter. Mon père était sévère et il
n’hésitait pas à châtier ses enfants. Il pouvait se montrer d’un entêtement
excessif, un autre trait de caractère qui malheureusement est peut-être passé
du père au fils.
On a parfois parlé de mon père comme du Premier ministre du
Thembuland pendant le règne de Dalindyebo, le père de Sabata, au début des
années 1900, et celui de son fils, Jongintaba, qui lui a succédé. C’est une
erreur d’appellation parce que le titre de Premier ministre n’existait pas,
mais le rôle qu’il jouait n’était pas très différent de ce qu’implique cette
désignation. En tant que conseiller respecté et apprécié de deux rois, il les
accompagnait au cours de leurs voyages et on le voyait en général à leurs
côtés au cours d’entretiens avec les représentants du gouvernement. C’était
un gardien reconnu de l’histoire xhosa, et c’est en partie pour cette raison
qu’on l’appréciait comme conseiller. L’intérêt que je porte moi-même à
l’histoire est né très tôt en moi et a été encouragé par mon père. Bien qu’il
n’ait jamais su lire ni écrire, il avait la réputation d’être un excellent orateur
et il captivait ses auditoires en les amusant et en les instruisant.
Plus t**d, j’ai découvert que mon père n’était pas seulement conseiller de
roi mais aussi un faiseur de rois. Après la mort prématurée de Jongilizwe,
dans les années 20, son fils Sabata, le jeune enfant de sa Grande Epouse,
n’avait pas l’âge d’accéder au trône. Une querelle naquit pour savoir lequel
des trois fils les plus âgés de Dalindyebo et d’autres mères – Jongintaba,
Dabulamanzi et Melithafa – on devait choisir pour lui succéder. On consulta
mon père, qui recommanda Jongintaba parce qu’il était le plus instruit. Il
expliqua que Jongintaba ne serait pas seulement un gardien parfait de la
couronne mais aussi un excellent guide pour le jeune prince. Mon père et
quelques chefs influents avaient pour l’éducation le grand respect des gens
sans instruction. La recommandation de mon père prêtait à controverse
parce que la mère de Jongintaba était d’une maison inférieure, mais
finalement son choix fut accepté à la fois par les Thembus et par le
gouvernement britannique. Plus t**d, Jongintaba devait rendre la faveur qui
lui avait été faite d’une façon que mon père ne pouvait imaginer à l’époque.
Mon père avait quatre épouses, dont la troisième, ma mère, Noseki F***y,
la fille de Nkedama du clan amaMpemvu des Xhosas, appartenait à la Maison
de la Main Droite. Chacune de ces épouses, la Grande Epouse, l’épouse de la
Main Droite (ma mère), l’épouse de la Main Gauche et l’épouse de l’Iqadi,
ou maison de soutien, avait son propre kraal. Un kraal était la ferme d’une
personne et ne comprenait en général qu’un simple enclos pour les animaux,
des champs pour la moisson, et une ou plusieurs huttes couvertes de
chaume. Les kraals des épouses de mon père étaient séparés par plusieurs
kilomètres et il allait de l’un à l’autre. Au cours de ces voyages, mon père
engendra treize enfants, quatre garçons et neuf filles. Je suis l’aîné de la
Maison de la Main Droite et le plus jeune des quatre fils de mon père. J’ai
trois sœurs, Baliwe, qui est la fille la plus âgée, Notancu et Makhutswana.
Bien que l’aîné fût Mlahwa, l’héritier de mon père comme chef a été
Daligqili, le fils de la Grande Maison, qui est mort au début des années 30. A
part moi, tous ses fils sont maintenant décédés et tous m’étaient supérieurs,
non seulement en âge mais aussi en statut.Alors que je n’étais encore qu’un nouveau-né, mon père fut impliqué
dans une querelle, ce qui entraîna sa destitution de chef de Mvezo et révéla
un trait de son caractère dont, je crois, son fils a hérité. Je suis persuadé que
c’est l’éducation plus que la nature qui façonne la personnalité, mais mon
père était fier et révolté, avec un sens obstiné de la justice, que je retrouve en
moi. En tant que chef, il devait rendre compte de son administration non
seulement au roi des Thembus mais aussi au magistrat local. Un jour, un des
sujets de mon père porta plainte contre lui parce qu’un bœuf s’était échappé.
En conséquence, le magistrat envoya un message pour donner l’ordre à mon
père de se présenter devant lui. Quand mon père reçut la convocation, il
envoya la réponse suivante : « Andizi, ndisaqula » (Je n’irai pas, je suis prêt
à me battre). A cette époque-là, on ne défiait pas les magistrats. Une telle
conduite était considérée comme le sommet de l’insolence – et dans son cas,
ça l’était.
La réponse de mon père exprimait clairement qu’il considérait que le
magistrat n’avait aucun pouvoir légitime sur lui. Quand il s’agissait de
questions tribales, il n’était pas guidé par les lois du roi d’Angleterre, mais
par la coutume thembu. Ce défi n’était pas une manifestation de mauvaisehumeur mais une question de principe. Il affirmait ses prérogatives
traditionnelles en tant que chef et il défiait l’autorité du magistrat.
Quand le magistrat reçut la réponse de mon père, il l’accusa
immédiatement d’insubordination. Il n’y eut aucune enquête ; elles étaient
réservées aux fonctionnaires blancs. Le magistrat déposa purement et
simplement mon père, mettant fin ainsi aux responsabilités de chef de la
famille Mandela.
A l’époque, j’ignorais ces événements, mais ils n’ont pas été sans effet sur
moi. Mon père, qui était un aristocrate riche d’après les critères de son
époque, perdit à la fois sa fortune et son titre. Il fut dépossédé de la plus
grande partie de son troupeau et de sa terre, et du revenu qu’il en tirait. A
cause de nos difficultés, ma mère alla s’installer à Qunu, un village un peu
plus important au nord de Mvezo, où elle pouvait bénéficier du soutien
d’amis et de parents. A Qunu, nous ne menions plus si grand train, mais c’est
dans ce village, près d’Umtata, que j’ai passé les années les plus heureuses
de mon enfance et mes premiers souvenirs datent de là.

15/11/2022

PREMIÈRE PARTIE : UNE VIE D'ENFANCE À LA CAMPAGNE

En plus de la vie, d’une forte constitution, et d’un lien immuable à la
famille royale des Thembus, la seule chose que m’a donnée mon père à la
naissance a été un nom, Rolihlahla. En xhosa, Rolihlahla signifie
littéralement « tirer la branche d’un arbre », mais dans la langue courante sa
signification plus précise est « celui qui crée des problèmes ». Je ne crois pas
que les noms déterminent la destinée ni que mon père ait deviné mon avenir
d’une façon ou d’une autre mais, plus t**d, des amis et des parents
attribueront en plaisantant à mon nom de naissance les nombreuses
tempêtes que j’ai déclenchées et endurées. On ne m’a donné mon prénom
anglais ou chrétien plus connu qu’au premier jour d’école, mais je vais trop
vite.
Je suis né le 18 juillet 1918, à Mvezo, un petit village au bord de la rivière
Mbashe, dans le district d’Umtata, la capitale du Transkei. L’année de ma
naissance a marqué la fin de la Première Guerre mondiale ; ce fut aussi
l’année de l’épidémie de grippe espagnole qui a tué des millions de gens dans
le monde entier, et du voyage d’une délégation de l’African National
Congress (ANC) à la conférence de la paix à Versailles pour y exprimer les
doléances des Africains d’Afrique du Sud. Cependant, Mvezo était un endroit
à l’écart, un petit univers clos, loin du monde et des grands événements, où
la vie n’avait pas changé depuis des centaines d’années.
Le Transkei est situé à 1 200 km à l’est du cap de Bonne-Espérance et à
900 km au sud de Johannesburg, et s’étend de la rivière Kei à la frontière du
Natal, entre les montagnes déchiquetées du Drakensberg au nord et les eaux
bleues de l’océan Indien à l’est. C’est un beau pays de collines ondulées, de
vallées fertiles où des milliers de rivières et de ruisseaux gardent le paysage
toujours vert même en hiver. Le Transkei, qui était la plus grande divisionterritoriale à l’intérieur de l’Afrique du Sud, couvre une superficie à peu près
égale à la Suisse, avec une population d’environ trois millions et demi de
Xhosas et une petite minorité de Basothos et de Blancs. C’est la patrie du
peuple thembu de la nation xhosa, auquel j’appartiens.
Mon père, Gadla Henry Mphakanyiswa, était chef par la naissance et la
coutume. Il avait été confirmé chef de Mvezo par le roi de la tribu thembu,
mais sous l’administration britannique, ce choix devait être ratifié par le
gouvernement, qui à Mvezo était représenté par le magistrat local. En tant
que chef nommé par le gouvernement, il touchait un traitement ainsi qu’une
partie des taxes que le gouvernement prélevait pour la vaccination du bétail
et les pâturages communs. Bien que le rôle de chef fût respecté et estimé, le
contrôle d’un gouvernement blanc hostile l’avait rabaissé soixante-quinze
ans auparavant déjà.
La tribu thembu remonte au roi Zwide, vingt générations plus tôt. D’après
la tradition, le peuple thembu vivait sur les contreforts du Drakensberg, et il
s’est déplacé vers la côte au XVIE siècle, où il a été incorporé à la nation xhosa.
Les Xhosas appartiennent au peuple nguni, qui a vécu, chassé et pêché dans
la région riche et tempérée au sud-est de l’Afrique du Sud, entre le grand
plateau intérieur au nord et l’océan Indien au sud, depuis au moins le XIE
siècle. On peut diviser les Ngunis en un groupe du nord – les Zoulous et les
Swazis – et un groupe du sud composé des amaBaca, des amaBomyana, des
amaGcaleka, des amaMfengu, des amaMpodomis, des amaMponde, des
abeSotho et des abeThembu qui, ensemble, forment la nation xhosa.
Les Xhosas sont un peuple fier et patrilinéaire avec une langue expressive
et mélodieuse et un attachement solide aux lois, à l’éducation et à la
politesse. La société xhosa possédait un ordre social équilibré et harmonieux
dans lequel chaque individu connaissait sa place. Chaque Xhosa appartient à
un clan qui indique son ascendance jusqu’à un ancêtre spécifique. Je suis
membre du clan Madiba, d’après un chef thembu qui régnait dans le
Transkei au XVIIIE siècle. On m’appelle souvent Madiba, mon nom de clan, ce
qui est un terme de respect.
Ngubengcuka, un des plus grands rois thembus, qui unifia la tribu, est
mort en 1832. Selon la coutume de cette époque, il avait plusieurs épouses
des principales maisons royales : la Grande Maison, où l’on choisissait
l’héritier du trône, la Maison de la Main Droite, et l’Ixhiba, une maison
inférieure que certains appellent la Maison de la Main Gauche. La tâche des
fils de l’Ixhiba ou Maison de la Main Gauche était de régler les querelles
royales. Mthikrakra, le fils aîné de la Grande Maison, succéda à Ngubengcuka
et, parmi ses fils, il y avait Ngangelizwe et Matanzima. Sabata, qui dirigea le
Transkei à partir de 1954, était le petit-fils du premier, et Kaizer Daliwonga,

15/11/2022

Cette histoire de Nelson est vraiment inspirant.
Alors je vous laisse le temps de l'apprécier

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