09/08/2026
Il y a quelques jours, notre coach de course à pied, Guillaume Peirone prenait le depart de l Ascend Xtream Triathlon. Guillaume revient sur cette épreuve… épique !
Pour moi un résumé d’un triathlon c’est : « j’ai nagé, puis j’ai fait du vélo et après j’ai couru », mais on m’a demandé de faire un peu plus long alors installez-vous bien car on va passer d’un extrême à l’autre. Donc, en parlant d’extrême voici la petite histoire de ma participation à The Ascend – Xtreme Triathlon.
Tu sais pourquoi tu signes
Ouais, pourquoi s’inscrit-t-on à une course dont la phrase d’accroche sur le site est « un pèlerinage de souffrance » ? Lorsque le 5 juillet 2025 je tombe avec un peu de re**rd sur la création de cette nouvelle course du parcours X-Tri, c’est pour moi une évidence :
ça donne des chances supplémentaires au tirage au sort du Norseman qui me refuse depuis bientôt une dizaine d’année.
J’ai horreur du drafting et avec 300 pleu-pleus étirés sur un format XXL, ça ne devrait pas être un souci.
C’est dans un an, j’aurai le temps de me préparer.
Il reste des places. Je me dis que j’ai de la chance, faut pas trop réfléchir : je m’inscris.
Je repasse sur le site quelques mois plus t**d, il reste encore des places … ça aurait dû lever un premier warning.
Mais sais-tu pour quoi tu as signé ?
OK le parcours a l’air exigeant. Mais de ce point de vue, aucun parcours n’est impossible en lui-même ; à l’allure adaptée, tout est faisable. Ce qui devient compliqué ici, c'est le parcours associé aux barrières horaires.
Et là les barrières horaires auront leur importance. Celles pour pouvoir finir la course et surtout celle pour être Black Finisher. Comme sur le Norseman, ici deux types de finishers en fonction d’une barrière horaire au km 33 du marathon : ceux qui seront autorisés à faire l’ascension jusqu’au Pic du Midi (ils auront droit au T-shirt Noir) et ceux qui arriveront trop t**d et devront rallier directement l’arrivée (ils auront le T-shirt Blanc de la honte).
Bon, je ne m’étais pas encore trop occupé de ça jusqu’à ce que l’Organisation ait la magnifique idée de créer un groupe Whatsapp avec les 300 participants, que je baptiserai « le Whatsapp de l’Angoisse ».
Dans un premier temps, tout le monde déballe son palmarès puis les gens se mettent à faire des reconnaissances du parcours (avec un dénivelé donné par Garmin et Strava encore un peu supérieur à ce qu’annonce l’orga), à développer une app pour estimer tes temps de passage. Rapidement la conclusion devient : le seul moyen d’être Black Finisher c’est de faire un relais Léon Marchand- Tadej Pogacar- Kilian Jornet. Bon ok ça a l’air un peu exagéré mais ça ne met pas en confiance.
Il y a aussi les débats sur la Support Team. Car il n’y aura pas de ravitaillements, pas de bénévoles sur le parcours, pas de sacs à laisser dans les aires de transition ; il faut avoir une Support Team qui t’aide pour la logistique durant toute la course dont un accompagnateur qui doit faire avec toi les 22 derniers km (et 1800m D+) de la CAP. Beaucoup viendront avec plusieurs personnes et 2 véhicules. Pour paraphraser Tony Stark (référence bienvenue puisqu’on parle d’un ironman) : They have an army ? I have a Céline. (Il faudra d’ailleurs annoncer ça à Céline, 2 mois avant la course elle pense encore qu’elle devra juste me déposer le matin et m’attendre à l’arrivée).
Au fur et à mesure que la date se rapproche, les manques et les incohérences présents dans la maigre documentation fournie se font sentir et l’Organisation est aux abonnés absents. Des points de détails changent toutes les semaines, le parcours lui aussi subit des modifications sans communication, de nombreuses questions restent sans réponse, des rumeurs se créent, les esprits s’échauffent, ça part en boulette quoi. 3 semaines avant la course, l’Orga bloque les messages dans le Whatsapp en disant qu’ils donneront les infos officielles. En vérité, beaucoup d’infos ne sont jamais arrivées avant le briefing de la veille de course.
Moi pendant l’année écoulé depuis l’inscription je suis resté dans cette phase qu’on appelle …
Le déni
Les jours passent trop vite et je n’arrive pas à trouver le temps pour m’entrainer comme j’aurais voulu. De plus, les dernières semaines, une douleur persistante, me gêne à la cuisse gauche et m’empêche de faire mon volume habituel et mettre de l’intensité, mais bon, ce n’est pas le moment de faire une pause complète. Après tout ça a tenu sur les 10 premiers km du Champman. Alors j’occulte l’échéance en mode « bah, on verra ».
Trouver un logement ? S’assurer d’avoir le matériel nécessaire ? Lire les règles et les documents ? Faire un plan de course ? Bah, on verra.
Après tout il me reste encore 6mois, 3mois, 1 mois, 2 semaines : Logement réservé, bon ben y’a plus qu’à.
Puisqu’il faut y aller …
Le weekend d’avant, tour des magasins de cycles pour acheter de la nutrition et un éclairage qui me convient mais sur ce point c’est un échec.
Puis il faut quitter ML. Sur le trajet on fait un stop bienvenu chez beau-papa : l’occasion de lui emprunter de l’éclairage vélo et son compteur (car le mien ne tiendra pas assez longtemps et est trop petit pour suivre confortablement une trace, surtout de nuit). On arrive à Lourdes le jeudi, retrait du dossard. On a toute la journée caniculaire de vendredi pour trier les affaires, faire le plan de course, déposer le vélo en début d’après-midi, aller au briefing d’avant course.
Ce dernier répondra à une bonne partie des doutes restants même s’il confirme ce qu’on voyait déjà depuis un moment : c’est quand même très léger niveau Orga pour un évènement de cette ampleur.
Il se termine assez t**d, le temps de rentrer, diner, finir les derniers préparatifs, il est 22h au moment de se mettre au lit … avec un réveil prévu à 01h00.
Le reste du plan est défini :
Natation : nager comme d’habitude (C’est pas comme si j’avais le choix). Sur le site ils annonçaient une eau froide, en vérité les dernières mesures annoncent une eau trop chaude. Probablement à 26°. Mais lors du briefing l’Orga sort la règle de l’alinéa 6b-3 « l’air sera à 20°, si on fait la moyenne c’est moins de 24°, donc la combi c'est ok ». On sent bien que ça les rassure de savoir tout le monde en combi en pleine nuit.
Temps cible : 1h30 pour natation + T1.
Transitions : sur une telle épreuve je pense qu’il mieux vaut favoriser le confort que gratter quelques minutes aux transitions. Donc changement complet et désolé pour la trifonction du club (besoin de poches et c’est pas ma faute si Thibaud n’a pas voulu qu’on ait cette fameuse chamoisine longue distance).
Vélo : Avec la barrière horaire Black/White, il n’y a pas le choix : ça serait bien de faire 9h max. 10h ça pourrait encore passer mais ça demande ensuite de faire la CAP sans défaillance, comme en partant frais (ce qui ne sera pas le cas).
Le profil distance/D+ étant similaire à l’Etape du Tour qui a eu lieu la semaine précédente, j’essaie de me baser sur ce qu’on fait les copains et ce n’est pas rassurant Si le profil est comparable sur le papier, tout ne l’est pas : pas de peloton de 15000 coureurs, premières heures de nuit, descentes moins rapides sur routes étroites, ouvertes et humides. Donc 9h max sans s’être mis dans le rouge pour pouvoir enchainer, ça me semble trop optimiste. Je remonte l’estimation réaliste à 10h en espérant avoir les jambes de ma vie pour la CAP.
CAP : « foncer » au début tant que ça tient pour prendre de l’avance sur la barrière, de toute façon ça va forcément craquer à un moment alors autant que ça arrive dans la partie où il n’est de toute façon plus possible de courir. Car si les 10 premiers km sont censés être relativement roulants, après ça ne fait quasiment que monter jusqu’au cut. L’impératif étant d’être à 16h15 de course au km 33 de la CAP pour pouvoir continuer jusqu’au sommet.
D-Day
Lorsque le réveil sonne, je n’ai pas réussi à fermer l’œil. Ça va être une longue journée.
Jusqu’au départ c’est du classique d’avant course, la combinaison est bien autorisée (petite pensée pour les concurrents venus de pays nordiques et qui n’ont que des combis thermiques), tout le monde essaie tant bien que mal de faire tenir sur l’élastique de ses lunettes le tube phosphorescent fourni par l’Orga. On attend les pieds dans l’eau que les kayaks se mettent en place, dans une ambiance très calme et une obscurité quasi-complète.
Et c’est parti pour le classique bouillon d’un mass-start, à ceci près qu’on y voit que dalle, ce qui fait que c’est encore plus l’anarchie mais dans un ballet de lumières jaunes. A plusieurs reprises lors des premières centaines de mètres, lorsque je sors la tête de l’eau pour prendre de l’air la bouée d’un autre participant vient me boucher la bouche, ça fait bizarre. Quand on a la tête sous l’eau la seule chose qu’on voit ce sont les ellipses vertes des capteurs cardio des montres, c’est rigolo. Une fois que la densité a un peu baissé et que la nage s’est posée, il ne reste plus qu’à s’orienter et ce n’est pas évident. C’est vraiment difficile de voir les lumières au sommet des quelques bouées délimitant le parcours, et c’est aussi compliqué de se baser sur les autres concurrents car si même on voit plein de lumières, dur d’estimer leur direction. Il faut donc sortir la tête beaucoup plus longtemps qu’en temps normal.
Il fait vite très chaud dans la combi mais bon, ça se passe. Sortie de l’eau en 1h18, c’est pas ouf (même pour moi), mais c’est dans la fourchette prévue.
On n’a pas le droit de laisser d’affaires à côté du vélo, la zone de transition est en amont du parc à vélos et c’est au Support d’amener et récupérer toutes les affaires. Céline me récupère à la sortie de l’eau après s’être battu avec quelques conna.. princesses et c’est parti pour le vélo.
La première partie du parcours est loin d’être aussi roulante que ce que le profil peut laisser croire et il me faut souvent ralentir aux intersections car l’orientation n’est pas évidente : le marquage au sol n’est pas très visible (bon ça sera pareil de jour) et le matériel emprunté au dernier moment souffre de ne pas avoir été testé avant (le rétro-éclairage du compteur est OFF et, sur mon guidon légèrement incurvé, la lumière avant n’éclaire pas vraiment tout droit ce qui m’oblige à ralentir très fortement dans les descentes sinueuses, c’est ballot). Bref, je suis content de voir le jour se lever au bout de 2h et j’arrive légèrement en avance au point de RDV fixé au km 75, sans avoir l’impression d’avoir trop forcé.
Quelques kilomètres plus loin, après un virage en épingle on passe sous une banderole « Port de Balès – 19 km de bonheur ». Et 19 km de montée à 7% de moyenne c’est long, Les changements de pourcentages cassent un peu la monotonie, les changements de météo aussi. Arrivé au col, le brouillard est très dense et humide la descente qui suit est annoncée comme « piégeuse » donc, même une fois sorti du brouillard, je la fais en mode flipette, faut dire qu’il faut se méfier des quelques voitures qui montent en sens inverse et souvent doubler celles qui descendent. Puis, au bout de 15km de descente, une épingle dans un village et on passe instantanément de -7% à +7,5% de pente, ça fait bizarre dans les jambes. C’est parti pour 10km de montée régulière à 7,5% vers le col de Peyresourde, sur une route large, assez rectiligne, avec un peu circulation. C’est monotone, certainement le col le plus pénible pour moi, je m’accroche pour résister à l’envie de faire une petite pause. Il parait qu’au sommet la vue superbe, on vérifiera sur Google images parce que les derniers km sont à nouveau dans un brouillard à couper au couteau. Nouvelle longue descente, l’enchainement sur le troisième col (Val Louron-Azet) est moins brutal, et les 8km de montée régulière à 8%, pourtant sans répit, passent beaucoup mieux même si je commence à sentir ma douleur à la cuisse alors qu’elle n’apparait d’habitude qu’en courant. La route est plus étroite et sinueuse, sans voitures. Plus on s’élève plus le brouillard est épais et on ne voit plus le ravin sur le bord de la route, juste un nuage dense et gris. Parfois une vache émerge du brouillard, plantée au milieu de la route. Une fine pluie s’invite et s’intensifie progressivement. Arrivé au col je retrouve Céline, refill de ravitaillement, veste et je me lance dans une descente raide et technique avec pluie et brouillard. Très rapidement l’orage éclate, rafales de vent et trombes d’eau, la route devient un torrent, les chaussures se remplissent de flotte et pour rajouter du fun on bifurque sur une petite route en sale état. Il faut choisir entre les flaques d’eau et les plaques de gravier. Bref, je ne descends pas très vite, à la limite du sur-place dans les virages serrés, au son lancinant des freins à disque sous la pluie. Les quelques kilomètres de transition dans la vallée auraient pu être considérées comme du répit dans d’autres conditions.
Peu après avoir entamé la monté du dernier col, la pluie se calme puis s’arrête. 12km, entre 6 et 8% (+ souvent 8 quand même), on commence à avoir l’habitude, c’est long, surtout avec l’accumulation mais ce n’est pas le moment de jouer la pancarte ou le KOM. La bascule arrive enfin, pas de pause pour se lancer dans la dernière descente de 5 km. La prudence est de mise, il y a + à perdre qu’à gagner sur cette route mouillée, surtout que les vaches qui surgissent du brouillard sont plus techniques à éviter en descente.
C’est enfin T2, 9h03 sur le vélo !!! J’ai le sentiment de ne pas avoir trop tapé dans les jambes. Pour respecter le plan il me reste 3h15 maximum pour me changer et atteindre le km25 ce qui nous laisserait alors 1h30 pour parcourir avec Céline les 7 km jusqu’à la barrière des 33km. Donc, tout va plutôt bien.
Et là c’est la seconde do**he froide de la journée : à cause des conditions météo, le Tourmalet et le Pic du Midi ne sont pas accessibles. Au km 25, tout le monde bifurquera directement vers une nouvelle arrivée située 2km (de montée) plus loin.
J’accuse vraiment le coup, pour moi pas d’ascension ça veut dire Black Finisher pour personne et ce que j’espérais avec impatience c’était de pouvoir faire l’aventure des derniers km avec Céline.
Du coup on prend bien notre temps à T2, et je repars en courant avec l’objectif de respecter le plan initial (14h45 max pour rallier le km25). Les jambes sont relativement fraiches, l’allure est bonne. Jusqu’à la première mini-bosse où ma cuisse se met à me lancer très fortement. Courir en montée m’est impossible, sur le plat et les descentes c’est douloureux mais ça passe en serrant les dents. Rapidement je ne suis plus dans le game mentalement, je marche beaucoup en me disant que ça ne sert à rien de me blesser. J’estime perdre ainsi plus d’une demi-heure sur les 12 premiers km et me faire doubler par pas mal de gens. Puis d’un coup ça devient beaucoup plus vallonné. Je suis vers les km 15 lorsque Céline m’apprend que l’Orga vient de sortir de son chapeau une nouvelle règle « les 100 premiers seront Black Finishers ». Ça change totalement la philosophie de la course, ceux qui étaient des camarades de lutte dans un combat contre la montre, la montagne et les éléments, deviennent des adversaires. Avec le site de suivi qui fonctionne par intermittence et n’affiche pas tous les concurrents, impossible de connaitre sa position exacte mais Céline estime que je ne suis pas loin des 100. Je me remobilise et relance autant que possible, mais maintenant ça ne fait que monter, tout le monde marche, c’est compliqué de faire une grosse différence. KM 18 dernier checkpoint avec Céline sous des trombes d’eau puis je quitte les dernières sections pavées pour emprunter les chemins de haute montagne, je regrette de ne pas avoir récupéré les bâtons au passage. J’arrive à reprendre quelques concurrents sans savoir si ça sera suffisant.
Km 25 enfin, 14h38, il restait théoriquement 1h35 pour parcourir les 7km jusqu’au cut ; largement faisable vu l’allure où nous faisons les 2 derniers km de montée avec Céline jusqu’à la ligne d’arrivée improvisée à la va-vite.
Coup d’œil à l’écran et le verdict tombe : 105ème à un peu moins de 10min du 100ème. Bon ben je suis dég une seconde fois, je repense à toutes ces petites (ou grosses) minutes perdues qui semblaient alors sans conséquence, mais surtout je suis fâché de ce changement de règle après 12h30 de course.
Du coup on fout le feu et on se casse, place aux vacances et à une vraie pause pour soigner cette cuisse, enfin peut-être un petit semi le samedi suivant, mais après une pause, hein.
Avec un peu de recul c’était quand même vraiment sympa à faire malgré les frustrations évoquées et, bien qu’éternel insatisfait, je suis content d’avoir réussi à tenir l’objectif initial jusqu’au km25 (enfin 209) . J’aimerais pouvoir dire que j’aurai le black T-shirt l’année prochaine mais les places vont passer, comme pour les autres épreuves X-Tri, par un tirage au sort avec beaucoup trop de prétendants. Ouais, on aurait vraiment du fo**re le feu en partant.