15/05/2026
Il y a des périodes dans une vie qui ne ressemblent à rien de ce qu’on connaît. Des moments où tout semble ralentir intérieurement… alors qu’au fond, quelque chose est en train de bouger profondément.
Entre le 8 et le 12 mai, je me suis senti épuisé. Pas seulement physiquement… intérieurement aussi. Comme si mon corps et mon esprit traversaient quelque chose de lourd, de silencieux, impossible à expliquer clairement. J’ai annulé mes activités. Je me suis éloigné du bruit. Je n’avais plus envie de voir grand monde. Et le plus étrange, c’est que je sentais mon empathie disparaître temporairement. Moi qui ressens souvent énormément les autres, tout était devenu silencieux à l’intérieur. Comme si quelque chose en moi cherchait simplement à se refermer pour traverser ça seul.
Alors pour fuir tout ça, pour essayer de faire taire ce que je ressentais intérieurement… j’ai pris la route. Direction l’Espagne, en longeant la Méditerranée depuis Béziers jusqu’à Lloret de Mar. Et cette fois, rien à voir avec les terres perdues, les villages enfermés entre les montagnes ou les endroits où l’air semble immobile. Là, j’ai retrouvé exactement ce dont j’avais besoin sans même le comprendre : l’air marin, les grandes routes ouvertes, le soleil, le mouvement… et cette sensation de liberté qu’on ressent uniquement au bord de la mer.
En décapotable, toit ouvert, la route avait une saveur différente. Le vent passait au-dessus, l’odeur du sel se mélangeait à l’air chaud, et chaque kilomètre donnait l’impression de laisser une partie du poids derrière soi. Narbonne-Plage, Gruissan et ses ports remplis de vie, Leucate et ses longues lignes droites baignées de lumière, Canet-en-Roussillon, Saint-Cyprien… puis Argelès-sur-Mer et ce moment presque suspendu en longeant Collioure et Port-Vendres. Les falaises, les petites routes côtières, les ports, cette lumière de fin de journée qui transforme tout en souvenir avant même que l’instant se termine.
Et après la frontière espagnole, quelque chose change encore. Llançà, Roses, les terrasses pleines de monde, les palmiers, cette énergie méditerranéenne impossible à expliquer. Puis les routes magnifiques vers Sant Feliu de Guíxols et Tossa de Mar… jusqu’à Lloret de Mar, avec cette sensation étrange d’être exactement à l’endroit où j’avais besoin d’être, à ce moment précis de ma vie.
Parce qu’au fond, ce voyage n’était pas juste une route. C’était une respiration. Une manière de fuir le bruit intérieur sans vraiment lui échapper. Une manière de rouler assez loin pour entendre enfin ce qui se passait en moi.
Mais le plus difficile… ça a été ce chagrin. Une tristesse immense, profonde, presque irréelle. Pas liée à un souvenir précis. Pas à une pensée. Juste une douleur présente… comme si elle me traversait sans réellement m’appartenir. Dès que je me retrouvais seul avec moi-même, elle revenait. Silencieuse. Lourde. Comme un vide calme qui prenait toute la place sans jamais vraiment se montrer.
Et pourtant… au milieu de tout ça, il y avait autre chose. Une détermination que je n’avais jamais ressentie aussi fort. Comme si une partie de moi disait enfin : “Maintenant avance. Peu importe les circonstances.” J’avais envie d’entreprendre tout ce que je repoussais depuis longtemps. De ne plus laisser passer certaines choses. De franchir enfin des limites intérieures que je contournais depuis des années.
Avec le recul… je crois que certaines tempêtes ne viennent pas détruire. Elles viennent déplacer. Réaligner. Réveiller. Chez nous, on appelle ça *elmaktoub*. Ce qui est écrit. Et peut-être que certaines douleurs ne sont là que pour nous pousser vers la version de nous-mêmes que nous n’aurions jamais osé devenir autrement.
Aujourd’hui, je me sens différent. Plus déterminé. Plus ancré dans ce que je veux réellement pour moi. Mon énergie ne part plus dans toutes les directions ni dans les attentes des autres. Je regarde d’abord mon propre équilibre, ma propre paix intérieure… et le reste vient après, si j’en ai envie. Sans regret. Sans marche arrière.
Comme si quelque chose en moi avait enfin décidé d’avancer pour de vrai… et d’être prêt à se battre si nécessaire. Peu importe les obstacles. Au contraire, j’ai parfois l’impression qu’ils nourrissent encore plus cette rage calme et cette détermination que je ressens aujourd’hui. Une force différente, froide, lucide… sans empathie pour tout ce qui essaiera désormais de me freiner.
Et aujourd’hui, en regardant tout ce chemin traversé, je comprends peut-être enfin une chose : certaines tempêtes ne viennent pas éteindre la lumière en nous… elles viennent brûler tout ce qui nous empêchait encore de la laisser vivre pleinement et emporter doucement les dernières parts de nous qui avaient encore peur d’avancer pleinement vers ce que nous sommes réellement.
Élias Nohr
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