26/08/2026
LA FIN DE L'ÉCURIE ROUGET : LE SIGNE D'UNE CRISE SANS PRÉCÉDENT DE LA FILIÈRE DES COURSES
Le grand entraîneur Jean-Claude Rouget a annoncé qu'il mettrait fin à ses activités dans un mois. Il a déclaré à Paris-Turf que, s'il n'y avait pas de repreneur le 25 septembre, la liquidation judiciaire de son écurie serait prononcée. Cette nouvelle est le signe d'une crise sans précédent de la filière des courses.
En effet, comme l'entraîneur l'a expliqué, la plupart de ses propriétaires les plus importants lui ont retiré ses chevaux lorsqu'il a dû prendre du recul pour soigner sa maladie. Dès lors, dans le contexte de la crise actuelle (hausse des frais et baisse des allocations), l'écurie ne pouvait plus rester rentable avec la baisse de qualité de l'effectif.
Les dirigeants de France Galop ont longtemps nié la crise. L'année dernière, Frédéric Landon, vice-président de France Galop, avait traité sur l'antenne d'Equidia d'"oiseau de mauvais augure" l'entraîneur et consultant Julien Phelippon, au prétexte qu'il se permettait de mettre en doute le plan de redressement de France Galop, et avait affirmé que la crise n'était pas du tout aussi grave que certains voulaient le faire croire. Il y a quelques mois, Guillaume de Saint-Seine, le président de France Galop, et son équipe déclaraient qu'il fallait se réjouir car il y avait de plus en plus de propriétaires de galop, et de plus en plus de spectateurs sur les champs de courses, oubliant de préciser que la plupart des nouveaux propriétaires étaient des propriétaires associés pour une modeste participation, et que dans les chiffres des spectateurs des courses on comptabilisait ceux qui ne venaient que pour assister aux concerts... De même, il y a toujours des voix pour se réjouir bruyamment des records de vente de yearlings à Deauville, mais on oublie que pour les moyens et les petits éleveurs la situation est très difficile.
La cessation de l'écurie Rouget fait craindre que dans un avenir très proche de plus en plus de structures moyennes ou modestes doivent fermer leurs portes. Les plus grosses écuries, alimentées par les chevaux des plus grands propriétaires internationaux, ne sont pas concernées. Mais toute la base de l'édifice est en sursis.
Pendant ce temps, le PMU, dont le résultat annuel finance la filière hippique, ne prend toujours pas les décisions qui s'imposent. Un budget important est consacré à la relance des paris sportifs : a-t-on déjà oublié que, d'après les experts d'Equistratis, les paris sportifs ont causé 140 millions de perte à l'institution il y a une dizaine d'années ? Et les "Grands Parieurs Internationaux", dont les gains colossaux dus aux avantages scandaleux qui leur sont attribués ont fait fuir des dizaines de milliers de parieurs du fait de la diminution des rapports, sont toujours les maîtres du jeu : on a même appris récemment que leurs enjeux avaient atteint les 12 % des enjeux totaux, alors qu'ils étaient censés être plafonnés à 10 %.
Le redressement de la filière hippique ne peut passer que par une double remise en question :
1 Une remise en question de la gouvernance des sociétés de courses : l'absence totale de transparence et de concertation dans la prise de décision d'accepter les hongres au départ du Prix de l'Arc de Triomphe est un exemple édifiant de la nécessité de changer le mode de gouvernance de l'institution.
2 Une remise en question de la stratégie du PMU : il faut écouter les parieurs, qu'il s'agisse de joueurs célèbres comme Gérard Augustin-Normand ou Julien Phelippon, de journalistes experts comme ceux de Radio Balances, Dominique Cordier ou Gilles Barbarin, ou des représentants des parieurs que nous sommes. Il faut abolir les privilèges accordés aux Grands Parieurs Internationaux, et rétablir un vrai pari mutuel, seule mesure capable de redynamiser les rapports et de faire rebondir les enjeux.
Photo de Jean-Claude Rouget : Equidia.