11/09/2026
On peut le chasser (du pouvoir) lui?
Et traquer ses bêtises
La chasse est un archaïsme, ça ne devrait plus exister. Aymeric Caron l'a dit cet été.
Samedi, ses militants ont tenté de le faire appliquer devant la préfecture de Montpellier.
Ils réclamaient le report de l'ouverture générale et un moratoire de plusieurs années sur les zones brûlées. Mot d'ordre : "pas de fusils sur les cendres". Selon eux, 43 % des petits cours d'eau sont à sec, la faune est à bout de souffle, et laisser chasser serait "une faute écologique et morale". Une pétition a dépassé les 480 000 signatures depuis juillet.
Caron n'est pas un paysan. C'est le député du 18e arrondissement de Paris, ancien chroniqueur d'On n'est pas couché, fondateur d'un micro-parti antispéciste allié à LFI. Son programme ne s'arrête pas à la chasse. Il veut la fin de la viande, la semaine de 15 heures et un congé parental de cinq ans.
Keynes avait prédit les 15 heures pour 2030, dit-il. Keynes n'avait pas prévu 3 500 milliards de dette et une classe moyenne qui finance déjà les retraites des uns, les aides des autres et les leçons de morale des troisièmes.
La France compte plus d'un million de chasseurs. Beaucoup sont ruraux, agriculteurs, salariés du privé. Ils régulent le sanglier qui ravage les cultures. Ils paient un permis, des cotisations, des taxes. Quand un préfète maintient l'ouverture, Caron parle d'archaïsme. Quand un éleveur voit ses champs détruits, on lui propose un burger vegan à la Fête de l'Huma.
Le vivant, dans ce discours, a un visage précis : l'animal. Le salarié du privé qui se lève à 5 heures, cotise depuis 30 ans et verra sa pension rabotée, celui-là n'entre pas dans la catégorie. On peut lui expliquer que travailler 15 heures émancipe. On peut lui expliquer que tuer un canard est une faute morale. On a plus de mal à lui expliquer qui paiera les hôpitaux, les retraites et les intérêts de la dette quand tout le monde sera émancipé.
Caron attaque une tradition, un outil de régulation et une France qui ne lui ressemble pas. Il le fait depuis Paris, avec le confort d'un mandat et le filet d'un modèle social que d'autres financent. L'écologie radicale a trouvé son public. Elle n'a toujours pas trouvé qui va produire la nourriture et tenir le pays debout pendant que l'on débat du spécisme.
Qui régulera les dégâts agricoles le jour où le dernier chasseur aura rendu son permis ? Le député du 18e ?
(Midi Libre, 5 septembre 2026)