13/12/2020
Aujourd’hui je souhaite vous partager une petite expérience vécue le matin du dimanche 29 Novembre et révélatrice du climat délétère que sont en train de mettre en place le Parc des Calanques et le département des Bouches du Rhône.
Ce matin là, je gare ma voiture au bout du chemin du vallon de la Barasse, sur l’accotement et je prends mon VTT pour un petit tour dans le vallon. Après une petite boucle de 2 heures sur le vélo, je redescends à la voiture et je suis interpelé par un agent du département dans sa voiture. La conductrice me signale qu’il est interdit de stationner ici. A ce moment il y a une bonne vingtaine de voiture stationnées sur l’accotement, des voitures qui arrivent, d’autres qui repartent. J’engage la conversation en faisant remarquer qu’il n’y a aucun panneau d’interdiction de stationner. La personne me répond que je suis dans une zone réglementée et qu’il n’est autorisé que le stationnement sur parking. Il y a effectivement quelques places matérialisées le long de la route un peu plus bas, vite prises d’assaut par les plus matinaux mais insuffisant pour les habitués qui viennent randonner ici. Impossible de discuter avec la personne, lui faire remarquer que les places de stationnement sont en nombre très réduit, que c’est partout comme ça aux abords de Marseille et qu’il deviendrait donc quasi impossible de profiter de notre belle région si on devait se contenter des parkings. La réponse est nette et sans appel “et bien restez chez vous !”. J’ai alors plaidé pour une marge de tolérance acceptable, faisant remarquer que des voitures stationnées sur un accotement dans une rue en cul de sac ne me paraissait pas déraisonnable.
Le débat s’est terminé par sa réponse cinglante : “De toutes façons vous les VTT vous détériorez tous les chemins”. Il est où le rapport ? Sans compter le fait que c’est inexacte.
Autant je comprends la politique de Parc qui a une lourde responsabilité de faire respecter un espace naturel fragile face à une forte fréquentation de randonneurs, VTTistes, grimpeurs, kayakistes, et j’en oublie. Autant il y a un sujet qui me met extrêmement en colère, c’est la désinformation que propage le Parc à l’égard du VTT. Nous les VTTistes roulons dans une région calcaire faite essentiellement de roches dures. Les roues de VTT n’abîment pas la roche, ou alors montrez-moi une étude scientifique sérieuse qui me prouverait le contraire. Et je dis sérieuse, étant géologue de formation j’ai un certain sens critique sur le sujet. Je pourrais même prendre les devants et vous annoncer que des études ont déjà été menées, en France et dans d’autres pays, et elles ont montré que l’érosion due à la pratique du VTT dépendait de beaucoup de critères : profils des chemins par rapport à la pente, pente du chemin, largeur du chemin, fréquence des précipitations, nature du sol, et plein d’autres. Mais dans ces études, plusieurs points intéressant ressortent : l’érosion dépend énormément de la nature du sol. Et sur un sol rocheux, elle est bien plus faible, voir quasi inexistante. Un autre point a aussi son importance, le VTT n’est pas le seul à laisser une empreinte. Les chevaux, les randonneurs ont aussi un impact. Et quand le Parc annonce une fréquentation de l’ordre du million de piétons par an, je me demande qui des piétons ou des VTTistes, qui sont très très loin d’atteindre le million, a le plus d’impact.
Un dernier point important sur ce sujet, pour pratiquer le VTT depuis quinze ans dans la région, je n’ai pas constaté de dégradation notable des chemins due à la pratique de ce sport. En revanche, pour le pratiquer régulièrement, je peux vous assurer qu’entre la veille et le lendemain d’un orage, la physionomie de certains chemins peut radicalement être transformée. Est-ce pour autant qu’on va faire un procès à dame nature ?
Ce qui se passe aujourd’hui, c’est que des jeunes qui avaient l’habitude de rouler sur des chemins proches de chez eux, parce qu’ils n’ont pas l’âge de se déplacer en voiture, se retrouvent avec un PV car il y a de plus en plus d’endroits où le VTT devient interdit. Imaginez juste ce que peuvent ressentir les parents qui sont très certainement contents de voir leurs adolescents pratiquer une activité sportive de plein air et qui les voient rentrer décontenancés par une sanction que personne de normalement constitué ne peut comprendre et accepter.
Et voilà le point où je voulais vous amener. Le Parc des Calanques a réussi à nous diviser, nous, citoyens qui ne sommes pas des délinquants et qui cherchons juste à avoir une vie saine, à profiter de notre environnement naturel. A force de pointer du doigt les VTT, les grimpeurs et autres pratiquants et à nous faire apparaître comme de mauvaises personnes, c’est toute un partie de la population qui adhère à ce discours sans réfléchir, et nous finissons par nous monter les uns contre les autres. Aujourd’hui, des personnes mal intentionnées s’imaginent être des justiciers en posant ce qu’on peut considérer comme des pièges en plein milieu des chemins : branches, rochers, et dans des endroits où la visibilité est restreinte, en plein dans un virage serré afin qu’on ne puisse pas anticiper le piège. C’est dangereux et en plus illégal : mise en danger d’autrui et aménagements dans un Parc Naturel. Alors que j’ai passé quinze ans à côtoyer les randonneurs sans aucun problème, à vivre même des rencontres enrichissantes, faites de petits partages de quelques minutes où chacun s’échange quelques mots bienveillants, aujourd’hui je constate que certains piétons commencent à tenir des propos accusateurs, gratuitement, alors même que je m’arrête sur le bord du chemin pour les laisser passer. Avant que le Parc ne soit créé, j’avais le sentiment que tout notre petit monde vivait en bonne entente, mais maintenant que le Parc est parti dans une vaine croisade en stigmatisant une partie de la population, ce bel équilibre est en train de vaciller.
Ne nous y trompons pas, il n’y a aucune raison valable pour que nous en arrivions à nous dresser les uns contre les autres. En revanche, cela peut servir le Parc à justifier ses actions de répression. En étant suspicieux nous pourrions presque imaginer qu’il s’agisse d’une stratégie pour arriver à discréditer une partie des usagers du Parc. J’ose espérer qu’il n’en est rien. En revanche j’en appelle à toutes celles et ceux qui pratiquent un loisir au sein du Parc, randonnée, VTT, escalade, kayak à ne pas laisser le Parc nous diviser, à ne pas les laisser nous convaincre que nous sommes persona non grata. Ce qu’il faut comprendre derrière toutes ces manipulations, c’est que le Parc cherche peu à peu à transformer les Calanques en un sanctuaire où il n’y aurait plus la possibilité de faire quoi que ce soit, peut-être même un jour de randonner.
L’homme est une espèce vivante, naturelle, au même titre que n’importe quel animal. Vouloir nous blâmer, nous dévaloriser et rendre notre présence dans la nature injustifiable voir illégale n’a pour moi aucun sens. L’homme laisse une empreinte dans son environnement au même titre que tout animal sauvage. Entendons-nous bien, je ne parle que de notre présence sur les sentiers, pas de notre industrialisation galopante et de nos déchets (égouts de Cassis et Marseille qui se déversent dans les Calanques, boues rouges, …) qui eux ne peuvent être acceptables dans un Parc naturel.
Chers amis du Parc et du Département, ne vous trompez pas de combat, ne vous inventez pas des ennemis qui n’existent pas. Ne prenez pas les gens pour des cons car à force ils se comporteront comme des cons. Continuez à sensibiliser la population, c’est votre rôle. Faite de la prévention, mais arrêtez la répression et la stigmatisation. Nous en vivrons tous d’autant mieux et je suis persuadé que la nature s’en portera elle aussi d’autant mieux.
Olivier.