15/05/2024
Info:
Demain 16 Mai à 14h15 en salle de l'Erdre, Nantes Métropole communiquera le nom de l'agence choisie par elle pour réaliser le grand musée verne / cité des imaginaires dans l'immeuble CAP 44. Cela dans le cadre d'un projet plus vaste de reconfiguration complète du quartier du Bas Chantenay au service de l'industrie du tourisme et des promoteurs. Occasion pour le collectif d'habitant.es la commune de Chantenay de redire dans le texte joint ici son opposition résolu à ce projet toxique, couteux, anti écologique résultat de la métropolisation que nous subissons toustes. Mais jusqu'à quand ?
Le Grand Musée Jules Verne - Cité des Imaginaires
un projet toxique, coûteux, destructeur du vivant et de lien social
Bas-Chantenay : zone touristique, ville inhabitable
Nous, habitant.es de Chantenay nous nous sommes en opposition à l'arbre aux hérons et en résistance à la mise
en exploitation touristique du quartier dans le cadre d'un projet d'améagement. Ce parc d'attraction abandonné, les aménageureuses ont rapidement dégainé un autre programme qui autant que la précédent met en cause les façons dont nous entendons habiter la ville.
BAS-CHANTENAY le VISAGE « VERNIEN » de la METROPOLISATION
L'arbre aux hérons passé aux oubliettes, l'aménagement ne lâche rien, et entend bien marquer son territoire par un geste fort : un musée Jules Verne XXL dans l'immeuble Cap44. En communiquant le 16 mai le nom des architectes chargés du projet, Nantes Métropole dévoile une pièce maîtresse d'un vaste projet urbain
particulièrement toxique, coûteux, destructeur du tissu du vivant et de lien social.
La mise en tourisme du quartier reste l'axe majeur d'une reconfiguration complète du Bas Chantenay au service des promoteurs. L'offensive a d'abord ciblé l'ancienne carrière Misery, dernier morceau de ville sauvage défoncée et expurgée de sa
biodiversité. A sa place, un jardin dit « extraordinaire », doté d'une fausse cascade, réplique de chutes dans le bassin du fleuve Congo, et un demi jardin colonial. Son extension vient occuper toute la dent creuse de la carrière sous la forme d'un pseudo « jardin tropical » importé de toutes pièces. Un étirement en « ondes végétales » jusqu'à la Loire est supposé faire le lien avec le musée Jules Verne agrandi et ses imaginaires sur plus de plus de 7000m2.
Ce redéploiement complet du paysage en une vaste promenade poursuit la mise en spectacle de l'espace urbain, lissé, domestiqué, s'exhibant comme un produit voué au marché du tourisme, forcément rebaptisé durable D’un point de vue écologique, le projet est une aberration. Sa mise en œuvre a déjà
nécessité la destruction brutale d'une grande partie de la riche végétation préexistante.
Aujourd'hui, la nov langue de la propagande métropolitaine nous fait la promesse d 'un jardin accumulant les clichés exotiques : « Foisonnement d'arbustes exotiques » ,« verger tropical », « mangrove », palétuvier et « plantes carnivores ». Seules les
bêtes sauvages manquent à l'appel de cette végétation tropicale trafiquée, transplantée importée en grande partie, et entretenue par l’ingénierie paysagère sans laquelle elle ne pourrait survivre bien longtemps. « Justifiée » au prétexte d'un micro-climat local,
la tropicalisation autoritaire d'un espace est une réponse pour le moins inappropriée au réchauffement climatique. A défaut de véritable transition écologique et d'adaptation au défi du climat, on fabrique une fausse nature d'importation, destinée à drainer des touristes, au profit de l'industrie hôtelière et la restauration.
Verne : un héritage toxique. Selon Johanna Roland, « ce projet reflète l'engagement de Nantes envers la biodiversité... tout en rendant hommage à l'héritage culturel de Jules Verne » .
Mais c'est quoi, au juste l'héritage de Verne ? Ceux et celles qui l'ont vraiment lu savent qu'il est difficile de trouver un seul de ses 82 romans qui ne porte pas de traces indélébiles d'idéologie sexiste, racialiste et colonialiste, tout en vénérant les machines et le « progrès » du capitalisme prédateur au XIXe, que ces romans
accompagnent.
La métropole nantaise, ses élues, ne peuvent fermer les yeux sur la
place et le rôle de l'imaginaire vernien dans l'histoire coloniale et dans la crise écologique contemporaine.
Pour nous , l'heure n'est plus à la quête d'attractivité, ni à l'invention d'une fake-culture basée sur un exotisme de pacotille et sur un culture littéraire colonialiste.
Néocolonialisme vert et extractivisme urbain. Le projet de Misery, et son jardin tropical réactivent en les modernisant les principes fondateurs des « réserves naturelles » et des jardins botaniques caractéristiques du colonialisme vert.
Un espace « libéré », puisque vidé de ses habitant·es, à commencer par les plus pauvres et les plus précaires. Le site a été expurgé brutalement de sa biodiversité préexistante qui, avait envahi spontanément la carrière, laissant imaginer au début des années 2000 un possible classement Natura 2000. L'espace
urbain a aussi été séparé de son histoire industrielle et ouvrière, et son histoire coloniale soigneusement invisibilisée. Ce prétendu espace sans qualité, « vide urbain » selon les aménageurs, résulte de décennies de (sur)développement sauce métropolitaine.
Le quartier se voit ainsi livré au tourisme de masse, à une
marchandisation effrénée, à la spéculation immobilière. Johanna Roland ne se détache pas d’une conception extractiviste de la fabrique de la ville de la cité qui ne devrait plus être de mise.
A Chantenay comme ailleurs, la métropole joue le passage en force . Depuis le début du projet d'arbre aux hérons, leBas Chantenay est le grand projet pour les 20 ans à venir. La « concertation » tant vantée à Nantes s'est ici réduite à presque rien, une rapide consultation citoyenne en forme de QCM. Ni le jardin extraordinaire ni le jardin tropical n'ont jamais fait l'objet de la moindre enquête publique ni d'aucun appel d'offre. Le programme du Grand Musée Verne s'est imposé à travers un pseudo
« conseil scientifique » de 14 personnalités « choisies » d'abord pour leur connivences métropolitaines .
Ce projet est totalement hors sol. Il ne répond à aucune demande tangible émanant des habitantes du quartier, ou d'associations citoyennes. Personne n'a demandé à être tropicalisé. Personne n'a réclamé l'instrumentalisation de Jules Verne pour drainer des
consommateurs de ville factice. Bafouée, ignorée, invisibilisée la proposition habitante de dédier une part des 7000 m² habitables de Cap 44 à des logements sociaux. La ville du divertissement tarifé prime sur la ville solidaire.
D'un point de vue financier, l'aménagement du bas Chantenay ne prend pas le risque d'avancer un chiffre sérieux. Les 50 M€ du seul musée Jules Verne paraissent rejouer le sous estimation de l'arbre au hérons, sans parler de l'inflation, des surcoûts de désamiantage du cap 44, des aménagements intérieurs du musée, et des abords
pour parquer des autocars.
On ne sait rien non plus des coûts de construction et d'entretien des deux jardins. Il y a pourtant des besoins plus urgents, d’infrastructures, d’équipements sociaux et éducatifs, que cet aménagement inutile voire néfaste.
D’un point de vue économique et social la réalisation de ce projet funeste conduirait à la gentrification du quartier, à l’image de ce qui s’est produit dans le centre de Paris
au développement des locations saisonnières etc...
De Doulon Gohards au bas Chantenay, Nantes n'en finit pas d'artificialiser les sols et les modes de vie, de domestiquer ce qui résiste et continue à contraindre la vie les habitant·es .
Contre la privatisation des espaces que nous avons en commun.
Contre les attractions colonisatrices, du temps et de notre imaginaire et le tourisme obligatoire
Contre l’artificialisation de chaque parcelle de nos lieux de vie.
Contre l'imaginaire toxique de J. Verne
Nous appelons à de nouveaux récits pour une ville sensible, populaire, écologique, low tech,
faisant avec l'existant et constituant des communs, des usages largement discutés et partagés.