25/08/2026
Edmond Goubet avec maître D**g Muyao, Taïwan années 90.
École du kung-fu de la Grue Blanche du Fujian, lignée de Dong Muyao / White Crane, Dong Muyao lineage
25/08/2026
Edmond Goubet avec maître D**g Muyao, Taïwan années 90.
23/08/2026
Hommage à Edmond Goubet, héritier de l’école de la Grue Blanche du Fujian de la famille D**g.
Par Gilles Roghe, dépositaire actuel de l’école.
J’ai rencontré Edmond Goubet pour la première fois en 1989 ou 90. J’étais alors un jeune pratiquant de 20 ans. Georges Charles, que j’avais rencontré lors d’un stage au domaine du Vajra, m’avait parlé d’un pratiquant de Grue Blanche, un style mystérieux à l’époque, qui avait appris à Taiwan avec le célèbre maitre D**g Mu Yao.
Intrigué, je partis à sa recherche. Je finis par le trouver, alors qu’il donnait des cours d’initiation au kungfu dans une salle de sport, entre deux voyages à Taiwan. Dès que je l’ai vu pratiquer la première forme de l’école, Su He Quan, La Grue qui se repose, j’ai été captivé. Cependant, je ne pouvais pas, à l’époque suivre ses cours au Mans. Les années ont passées et j’ai continué mon parcours martial avec d’autres maitres et professeurs, mais je gardais toujours dans un recoin de mon esprit cette forme étonnante, atypique, que j’avais aperçu quelques années plus tôt. Le travail respiratoire semblait au cœur de cette pratique. Les gestes étaient à la fois précis mais difficiles à décrypter. L’ensemble dégageait une impression de force tranquille, de puissance contenue, de feu qui couve sous la cendre.
Un jour, à Paris, à l’occasion d’un stage de Taijiquan, un ami me parle d’Edmond, avec lequel il a pratiqué la Grue Blanche quelques mois. Sous les arbres d’une avenue du 13e arrondissement, il me montre les deux taolus qu’Edmond lui a enseigné. Immédiatement, reviennent ces sensations que j’avais ressenties une dizaine d’années plus tôt. Je décidais alors d’apprendre cet art martial dont les échos résonnaient encore en moi.
Je partis donc à la recherche d’Edmond Goubet, seul français dépositaire d’un style de kungfu familial ancien : la Grue Blanche du Fujian de la famille D**g, le D**gjia Fujian Baihequan. Et ce ne fut pas chose facile. Cet art restait discret, confidentiel. Edmond avait cessé d’enseigner. Je savais seulement qu’il vivait quelque part en Sarthe. Après un travail de détective, je finis par récupérer un numéro de téléphone. Il me donne rendez-vous près de l’église d’un petit village du bocage sarthois. Il m’invite à le suivre chez lui, dans une ferme restaurée, à l’abri des regards et des grands axes.
Je rencontre un homme aimable, accueillant, tranquille. En m’offrant un café, il donne immédiatement le ton : la Grue Blanche n’est pas une pratique adaptée à la modernité. Cela demande trop de temps, trop d’efforts, trop de travail. Ca ne sert à rien de l’apprendre et je devrais plutôt continuer ce que je pratique déjà… Mais, comme il ne me dit pas explicitement qu’il refuse de me l’enseigner, j’insiste doucement. On commence donc à parler des arts martiaux, de ce qu’implique la pratique sérieuse d’un art martial et de cette école si peu connue, la Grue Blanche. Après deux ou trois heures de discussion arrosée de café, il lance : bon, on va pratiquer un peu. Il commence directement par Su He Quan, le taolu-racine de l’école. C’était en 2000. J’avais alors 12/13 années de pratique de différents arts martiaux : karate, taijiquan, xingyiquan… J’étais habitué à apprendre des formes, et j’aimais ça. Mais là, j’étais comme perdu, désorienté. J’avais du mal à mémoriser les mouvements. Je croulais sous les explications, les ajustements, les maximes. Edmond n’enseignait pas des techniques, il enseignait des principes : élévation, enfoncement, souffle, directions de forces, intention… Je repartais comme sonné, déstabilisé et ébranlé sur ce que je croyais maitriser, sur ce que je pensais connaitre. Mais, également, heureux comme un gamin, bien que je n’avais, à ce moment-là, aucune assurance de le revoir et d’apprendre sous sa direction. J’avais la sensation d’avoir touché un enseignement d’un autre niveau, mais également une pratique dont émanait une atmosphère d’ancienneté et de profondeur insoupçonnée.
Il s’ensuivit un compagnonnage de plus de 20 ans. 20 années d’enseignement, d’échanges, de questionnements, de discussions et, surtout, de pratique.
Edmond était ce qu’on appelle parfois « un maitre de l’ombre » : discret, humble, à la parole rare. Il était doux dans la relation mais devenait tranchant comme une lame dans la pratique. Il passait d’un état à l’autre avec une rapidité déconcertante. Je lui rendais visite régulièrement. Je ne savais exactement quand j’allais repartir. Je restais parfois une heure, parfois une journée. Au fil de ces années, s’est tissée une amitié réciproque fondée sur le respect mutuel.
Pour Edmond, la pratique d’un art martial n’était pas un hobby ou un sport. C’était un engagement, un investissement, une pratique qui débordait largement le cadre d’une pratique physique. En un mot, l’Art Martial était pour lui, une ascèse. Il s’agissait, par la pratique et à travers elle, de développer un certain état d’esprit, une attention au monde et à soi, une intention claire et débarrassée des mesquineries des egos boursouflés par une pratique détournée de son but. Il ne s’agissait pas pour lui de devenir plus fort, plus musclé, plus brillant. Il s’agissait de devenir ce que Zhuang Zi appelle un zhēnrén 真人,un « humain véritable », capable de regarder la mort en face.
Outre l’aspect martial et physique, il enseignait la Grue Blanche comme le maitre D**g Muyao lui avait enseignée, par métaphores et par images qu’il me fallait déplier, incorporer, assimiler. Il y revenait souvent, dévoilant à chaque fois une nuance nouvelle. Une image qu’il appréciait était celle de « la Grue Blanche debout au sommet de la montagne » pour désigner l’esprit, Shen, qui s’élève et prend de la hauteur. L’art martial est une confrontation : à l’autre, certes ; à soi-même, également. Mais avant tout à la possibilité de mourir. Chaque engagement, chaque taolu, chaque geste doit se faire avec cette lucidité, cet abandon, cette acceptation qui, paradoxalement produit, « appelle » une puissance. Cette élévation de Shen est un effet d’une pratique bien conduite. Il déplorait les approches modernes d’une pratique aseptisée, d’une pratique qui venait nourrir et fortifier nos mesquineries, d’une pratique qui installait des relations de dépendance entre professeur et élèves.
Il répétait souvent cette phrase de D**g Muyao : « La pratique doit poser des jalons libérateurs ». Il ne m’a jamais accepté comme disciple car il n’a jamais toléré que je le place en position de maitre. Je ne devais pas m’appuyer sur lui. Je devais trouver les appuis en moi-même. Edmond n’était jamais dans la séduction, dans la manipulation. Il ne cherchait pas à être admiré, à briller. Il était toujours égal à lui-même, sans fioritures, un peu abrupt, sans concessions.
Parmi tout ce qu’il m’a transmis, au-delà du système de la Grue Blanche, une des choses les plus précieuse est l’autonomie. Pas une autonomie imbue d’elle-même. Pas non plus une fausse humilité. Une autonomie, une liberté qui est aussi une exigence : exigence de justesse, de contre-balancement des forces, de rectitude.
Il était humain et il luttait aussi contre ses propres démons, que j’ai pu apercevoir. Mais il était un humain digne, droit et profondément humble. C’est ainsi qu’il a vécu, c’est ainsi qu’il est mort. C’est ce qu’il m’a transmis de plus précieux. C’est ce que je conserverai de lui.
23/08/2026
Nous avons la tristesse d’annoncer le décès d’Edmond Goubet, premier héritier occidental de l’école de la Grue Blanche du Fujian de la famille D**g.
Rencontre hier soir, à la fin d’un court entraînement de Grue Blanche au bord de l’océan. Calme dans le mouvement, vigilance dans l’immobilité.
Jouer avec le vent, yóu hè #2
Le travail circulaire et en mouvement constant fait partie intégrante du cursus de la Grue Blanche.
La Grue Blanche est un style pour jouer avec le vent… 游鹤
yóu hè
17/05/2026
🧘♂️ La méditation est-elle devenue un simple outil de bien-être ?
Dans cet article, Philippe Cornu, président de l'Institut d'Études Bouddhiques interroge les dérives contemporaines de la spiritualité à l’ère de l’hypermodernité.
Entre quête de performance, développement personnel et marchandisation du spirituel, que reste-t-il du véritable chemin intérieur proposé par les traditions contemplatives ?
À partir de références bouddhiques profondes et d’une réflexion sur notre époque, cet article invite à distinguer :
✨ le bien-être passager,
✨ de la transformation intérieure véritable.
Une lecture précieuse pour réfléchir au sens de la pratique spirituelle aujourd’hui.
📖 Article à découvrir ici : https://bit.ly/pieges-hypermodernite
Un principe de la pratique des formes : ne jamais répéter à l’identique. Ici, variations d’intention sur les mêmes techniques de Sanzhan. L’intention oriente la forme.
Taolu : SuHeQuan / Babulian
26/04/2026
Shí hè quán, 食鹤拳, le style de la Grue qui cherche sa nourriture.
Kevin Lee 29 likes, 1 comment. "I Got Destroyed by a White Crane Master in SECONDS"