16/09/2026
J’avais 15 ans.
Je faisais mon premier stage de danse à l’école Rosella Hightower, à Cannes.
Je revois encore le réfectoire, cette télévision suspendue, et nous, jeunes danseurs, rassemblés devant l’écran.
Marcia Baïla passait.
Je me souviens d’un danseur qui avait dit :
« C’est une danseuse… regarde ce qu’elle fait. »
Cette phrase ne m’a jamais quittée.
Je regardais son corps, son visage, sa bouche, ses gestes.
Tout était engagé.
Ça débordait de partout.
Il y avait quelque chose de presque insolent dans sa façon de bouger, de prendre l’espace, de lancer les mots.
Et moi, à 15 ans, danseuse déjà, je recevais tout ça en plein corps.
Cette chanson parlait d’une danseuse et de la mort.
Et pourtant, ce que je voyais à l’écran était furieusement vivant.
Depuis, Catherine Ringer m’a accompagnée.
Ses chansons m’ont donné envie de bouger, de danser, parfois de crier les mots avec elle.
J’aimais leur étrangeté, leur intelligence, leur rythme.
Les mots entraient dans ma tête pendant que la musique attrapait mon corps.
Chez elle, je n’ai jamais pu séparer la voix du geste.
Un mot devenait une grimace, une attaque, un mouvement, une façon de se tenir.
Tout dansait.
Aujourd’hui, sa disparition me ramène immédiatement à cette télévision suspendue.
À Cannes.
À mes 15 ans.
À mon corps de jeune danseuse devant cette femme à l’écran.
Je ne savais évidemment pas alors qu’elle resterait aussi longtemps quelque part et certainement pour toujours dans mon paysage.
Merci Catherine.
Pour tout ce que tu as fait bouger en moi.
Et pour cette furieuse envie de danser.