12/07/2026
L'adieu d'Alain COUDERC,
l'homme qui croyait au pouvoir du sport
Le sport réunionnais est en deuil. Alain Couderc, fan inconditionnel du Saint-Denis FC, s'est éteint à l'âge de 75 ans.
Figure incontournable du sport dionysien et du mouvement sportif régional, ancien président de la , ancien directeur des Sports de la Ville de Saint-Denis, conseiller municipal depuis 2008, adjoint au maire délégué aux Sports et élu de , il laisse l'image d'un homme dont quatre mots résument à eux seuls la personnalité : simplicité, disponibilité, camaraderie et passion.
# Une présence constante, un soutien sincère
Alain Couderc n'a jamais conçu le sport comme une simple succession de compétitions ou de résultats. Pour lui, le sport était un formidable outil d'éducation, d'intégration et de cohésion sociale.
Durant toute sa carrière, il s'est attaché à accompagner les clubs, soutenir les bénévoles, développer les équipements sportifs et favoriser l'accès du plus grand nombre à la pratique sportive.
Bénévoles, éducateurs, arbitres, dirigeants et athlètes trouvaient auprès de lui une écoute attentive, une présence constante et un soutien sincère. Des grandes compétitions aux manifestations de quartier, il répondait toujours présent.
# S'arrêter, écouter, échanger
Pour beaucoup, Alain Couderc n'était pas seulement un ancien élu ou un ancien directeur des Sports. Il était un homme de dialogue.
Dans un stade, au bord d'un terrain ou lors d'une remise de récompenses, il prenait toujours le temps de s'arrêter, d'écouter et d'échanger. Les bénévoles passaient avant les discours officiels. Les idées venues du terrain l'intéressaient davantage que les effets d'annonce.
Il savait qu'un club se construit grâce à des femmes et des hommes qui donnent de leur temps sans compter. De même, Alain était toujours à l'affût d'une idée née du “terrain”, pour l'encourager et chercher les moyens de la concrétiser.
# Les grandes heures du Petit Stade de l'Est
À titre personnel, c'est cette écoute qui m'a marqué. Et c'est comme cela, sous ma casaque de rédacteur en chef des sports du journal 'Le Réunionnais'”, que j'ai eu le privilège d'organiser, entre 1995 et 2000, plusieurs grands rendez-vous du handball péi Ligue Réunionnaise de Handball au Petit Stade de l'Est, avec son concours actif, celui de son fidèle « dalon » Jacques Rivière, alors adjoint au service des Sports, et le soutien discret mais déterminant de Gilbert Annette.
Comment ne pas repenser, notamment, au premier Challenge Gaston Richardson, organisé seulement deux jours après le décès du père de , au jubilé de , ou encore aux opérations Kréol Band/Kréopolitains, visant permis à mettre à l'honneur, par l'action, les nombreux handballeurs péi évoluant alors en métropole.
La Ville de Saint-Denis -MERCI !- s'est toujours pleinement mobilisée pour ces événements. En retour, le public avait répondu présent : avec parfois plus de 5 000 spectateurs dans ces travées garnies. Quelle fierté partagée.
# Un homme toujours disponible
Je n'oublierai jamais cet homme toujours joignable, que ce soit au téléphone ou à son bureau qu'on pouvait rencontrer sans rendez-vous.
Il fut aussi l'un de ceux -avec feue Françoise Mollard ma professeur de français du Butor- qui m'ont encouragé lors de mes premières années de journaliste au , à une époque où les journalistes péi n'étaient pas légion au sein des rédactions.
Nous avons également partagé deux éditions des Jeux des Îles de l'océan Indien, au fil desquelles j'ai découvert un homme extraordinairement attaché aux valeurs du sport et au rayonnement de son île.
# Cette dernière accolade
Ces derniers mois, j'ai suivi son combat contre la maladie grâce aux nouvelles que me donnait régulièrement mon confrère Yves Morel, de Télé Kréol.
Notre dernière rencontre remonte au mois de septembre dernier, sur le parking d'au-revoir du Stade de l'Est, à l'occasion d'un match entre le SDFC et la JS Saint-Pierroise.
J'avais noté alors qu'il ne portait plus sa montre et le bracelet argenté qui ne quittaient jamais ses poignets.
Aux côtés de son comparse Daniel Lacas, je lui avais lancé, respectueux en fin de match:
— Coman i lé, MON-SIEUR Couderc ?
J'ai serré la main, sans la lâcher. Et il s'était alors approché de moi pour me souffler à l'oreille:
— « Oté… on se fait la bise. On ne sait pas quand est-ce que je reviendrai là… ».
Il m'a ensuite confié, quelque peu embêté, qu'il avait fait une petite chute dans les gradins de la tribune.
— Une photo Alain ? “Vas-y, en espérant que ça ne sera pas la dernière”, m'a t-il répondu en l'habillant comme à son habitude de dérision dans un dernier sourire.
Cette accolade, je l'ai comprise plus t**d, sonnait son adieu.
Et, effectivement, ses apparitions sur les terrains se sont faites de plus en plus rares, pour ne plus exister.
# Les hommages affluent
> À l'annonce de son décès, les témoignages d'affection se sont multipliés. Je retiens entre autres, celle de sa fille, , qui lui a adressé un message bouleversant :
« Mon petit papa… je n'ai pas les mots pour décrire ma peine tellement elle est immense… Même si je sais qu'à présent tu es de nouveau libre et que tu ne souffres plus, aujourd'hui j'ai perdu mon papa… Tu as bataillé pendant deux ans et demi avec l'espoir de refaire du sport, de faire de la moto, d'aller faire du vélo avec tes petits-enfants. Un vrai papa courage, un battant.
Mon ker lé gro zordi… ou va mank amwin… je t'aime fort. »
> La présidente du « un homme de grande valeur, fidèle à ses convictions, généreux, profondément humain et toujours au service du sport ».
> , capitaine du Volley Olympique Club, inconsolable, décrit “un de ses plus grands passionnés. Mais moi, je perds surtout un homme de cœur. Merci pour tout ce que tu as donné. Tu resteras poir moi un monument. »
Les Aiglons d'Orient évoquent, eux, « sa gentillesse, son écoute, son éternelle empathie et toutes les valeurs humaines qu'il incarnait ».
> La maire de Saint-Denis, , lui rend également hommage : « . Il connaissait les clubs, les compétitions, les équipements, mais surtout les femmes et les hommes qui font vivre le sport au quotidien (…). Merci, Alain, pour tout ce que tu as apporté à notre . Elle ne t'oubliera pas. »
# Un bâtisseur du sport réunionnais
En 2023, Alain Couderc avait reçu le Prix départemental du Mérite, récompensant plusieurs décennies d'engagement au service du sport réunionnais.
Mais sa plus belle récompense restera sans doute la reconnaissance de toutes celles et tous ceux qu'il a accompagnés.
Car son héritage ne se mesure pas seulement aux équipements réalisés ou aux événements organisés.
Il se retrouve dans les clubs qu'il a aidés à grandir et à briller, dans les bénévoles qu'il a soutenus, dans les éducateurs qu'il a encouragés et dans les milliers de jeunes Réunionnais qui ont découvert, grâce à des hommes comme lui, que le sport pouvait changer une vie.
À son épouse, à ses deux enfants, à ses petits-enfants, à sa famille, à ses amis et à toute la communauté sportive réunionnaise, nous adressons nos plus sincères condoléances.
# Dernier rendez-vous à Primat
La veillée est organisée ce lundi 13 juillet à partir de 13 heures, au centre funéraire de Primat, à quelques pas du Stade de l'Est, un lieu qu'il a si souvent fréquenté.
La cérémonie religieuse, suivie de la crémation, se déroulera le mardi 14 juillet à 13 heures, dans la même enceinte.
Un dernier hommage à celui qui aura consacré sa vie au sport… et surtout aux femmes et aux hommes qui le font vivre.
Adieu Alain. Adieu champion.
Jean-Alix COINDEVEL
03/11/2025
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