28/09/2026
Dans son livre La face cachée du yoga (Éditions Buchet-Chastel), sorti le 24 septembre dernier, Élodie Emery dénonce, à juste titre et avec force témoignages, des situations d’emprise psychologique, des comportements douteux, des violences physiques et psychiques et des abus se***ls à répétition dont des professeurs de yoga se sont rendus coupables. Des hommes (dans l’immense majorité des cas) se servent de la fonction qu’ils occupent pour trahir la confiance de personnes (des femmes la plupart du temps) désireuses de pratiquer une discipline censée procurer détente et bien-être et accroître leur capacité de discernement. Cette enquête est tout à fait salutaire : elle donne la parole aux femmes qui ont été victimes de pseudo-gurus tout en respectant la présomption d’innocence. Grâce la libération de la parole, des victimes lancent des actions en justice. Le monde du yoga n’échappe pas, malheureusement, à une certaine culture de la violence, aucun milieu n’y échappant.
Deux articles du Parisien, très éclairants, se font l’écho de cette enquête. L’un d’eux précise que « les professeurs se remettent en question ». Une formulation pour le moins surprenante. Les enseignant(e)s de yoga – nombre d’entre eux en tout cas – n’ont pas attendu la sortie de ce livre pour s’interroger sur la place qu’ils occupent et en quoi elle les oblige. Il est vrai que derrière l’expression « les enseignants de yoga » se cachent des situations individuelles très contrastées. Une chose est sûre cependant : La question de l’emprise, de propos ou de gestes inappropriés, ou pire, d’abus se***ls dont peuvent se rendre coupables les enseignant(e)s de yoga est tellement essentielle qu’elle est abordée – et ce depuis très longtemps - dans les cursus de formation des futurs profs. Des cours de déontologie sont dispensés tout au long du cursus de l’École Française de Yoga par exemple. Des modules « connaissance de soi » - animées par une psychanalyste ouverte à différentes écoles de pensée - sont aussi obligatoires en 1è, 2è et 3è années à l’EFY de Paris afin d’interroger ce qui se joue dans une relation entre enseignants et pratiquants sur le tapis. Ces temps de rencontre permettent aux futurs « profs » de yoga de se poser les bonnes questions : pourquoi souhaiter occuper cette place ? Pour être aimé(e) ? Pour se réparer ? Comment enseigner en respectant le cadre ? Comment mieux intégrer qu’entre la personne qui enseigne et celle qui pratique, le yoga est un tiers qui instaure une distance juste, un espace qui offre la possibilité aux personnes qui se trouvent sur le tapis de traverser l’expérience qui leur est proposée dans le respect absolu de leur liberté et de leur propre chemin d’émancipation ? Questions complexes et délicates, qui demandent un temps de réflexion, d’élaboration, et se reposent régulièrement lors des séminaires de formation continue. La FNEY et les EFY qui la constituent offrent un environnement propice et sécure à ces interrogations fondamentales qui contribuent à transformer des élèves en formation en enseignants et enseignantes de yoga conscientes de leur place et de leurs responsabilités.