04/08/2019
Jeudi 1er : 13h28 sommet atteint!
Mais revenons maintenant sur les quelques heures qui ont précédées... Je vous partage mon récit de l'ascension.
23h30 (la veille) : réveil fraîcheur dans la tente pour un bon muësli froid lyophilisé en guise de petit déj et préparation de l'équipement haute altitude pour le grand départ
1h, camp 2, 6200m : on décolle avec Bernard, Patrice et Marc pour l'ascension en ski.
L'objectif est de rallier dans un premier temps le camp 3 pour y faire une rapide pause, se réchauffer, manger un bout et repartir à l'assaut du sommet!
La stratégie évolue quand une véritable tempête nous surprend au milieu de la nuit : neige, vent fort, dur de trouver l'itinéraire... Bernard et Patrice ont froid aux mains, j'ai les pieds qui gèlent et qui y resteront si je ne trouve pas un moyen de les réchauffer!!
Le camp 3 devient l'objectif ultime, un véritable refuge. À cet instant, on ne pense plus au sommet mais à éviter de se transformer en glaçon ambulant !!
3h, 6650m : camp 3 en vue !!
En pleine tempête, de nuit, pendant l'éprouvant blizzard où nous devons faire la trace dans 30cm de neige fraîche, j'aperçois des lumières au loin.
Ce sont nos 2 tentes du camp 3, où se préparent nos autres amis ascensionistes accompagnés du guide Clément !
L'idée de sauver mes pieds me donne une énergie f***e, je sprint jusqu'à une tente où je saute dedans pour tenter de sauver mes orteils, déjà presque paralysés.
Nos têtes et nos états ont vite fait comprendre au 2eme groupe qu'il était préférable d'attendre le lever du jour pour commencer l'ascension, au risque de tous congeler sur place (un bon -30° ressenti avec chute de neige + vent).
Les 2 tentes du camp 3 deviennent de vraies abris de survie, perchées à 6650m, en plein blizzard nocturne himalayen.
Grelottant dans la tente du camp 3, je me demande ce qui nous pousse à faire ça !?
5h30 : départ vers le sommet
Après 2 heures de massage énergique de mes orteils dans des chaussons en duvet, les premières lueurs du jour apparaissent et Bernard propose à l'ensemble de la team de poursuivre l'ascension (ou la commencer pour les dormeurs du camp 3) .
Mes pieds reprennent vie, je décide de poursuivre quitte à descendre au plus vite si les gelures reviennent..
Malheureusement nos 2 amis marcheurs , partis eux aussi du camp 2 ne tenteront pas le sommet, chaque pas est bien trop éprouvant quand on s'enfonce jusqu'au genou...
La montée avant le lever du soleil est fraîche et rapide, on se relaie efficacement pour faire la trace dans la fraîche. On s'encourage, on s'entraide, c'est pour ça aussi qu'on aime la montagne ! On est une équipe unie et solidaire dans un esprit au top !!
8h30 : 7000m, le soleil commence à transpercer les montagnes en face, le paysage est magnifique, les nuages défilants au gré du vent, le brouillard et les éclaircies nous permettent de découvrir chaque minute un nouveau panorama grandiose, où le contraste entre les étendues sableuses désertiques des vallées et le paysage glaciaire où nous évoluons est saisissant.
On se croit désormais plus proche du ciel que de la terre !
À cet instant précis, émerveillé, je me demande si je vis un rêve ou si je rêve ma vie ?
La montée après 7000m est une autre affaire, chaque pas, dans la neige fraîche mériterait 2 heures de sieste.
L'expression "un paysage à couper le souffle" prend désormais tous son sens.
La respiration devient très compliquée.
On continue durement les relais en scrutant nos altimètres.
C'est à cette altitude que Clément est atteint de sérieuses gelures des orteils, il décide heureusement de descendre au plus vite pour se réchauffer dans une tente au camp d'altitude.
10h30 : altitude maximale !!
Passé 7200m, on devient de véritables robots, on oublie où on est, (qui on est ?), ce qu'on fait et on écoute la petite voie au fond du cerveau qui nous souffle : marche encore!!
12h30, je suis seul en tête avec François pour faire la trace, on regarde nos altimètre : 7400m.
Nos cerveaux se déconnectent et on ne pense plus qu'à une chose : le sommet !!
Dans ces moments là, on pense aux personnes qui nous aiment, et qui nous donnent la force pour réussir...
Pendant cette petite parenthèse hors du temps d'une heure, avec le peu de souvenirs que j'ai (le mix d'altitude manque d'oxygène, fatigue, froid intense & vent donnent des effets assez fous) on fait la trace finale avec François où nous arrivons au sommet, seul au monde, à 13h30 !!
Il me faut 10 bonnes minutes pour réaliser ce qui se passe et où je suis.
L'arrivée du reste du groupe et les embrassades de joie me permettent de mieux comprendre ce qu'on vient d'accomplir : gravir le Mustagh Ata, formidable montagne himalayenne, au coeur du désert chinois, à ski !!!
Des souvenirs qui resteront gravés à tout jamais...
Et je ne parle pas de la descente à ski.. 3000m de poudre avec une vue imprenable...
Merci à la montagne de nous offrir ces moments unique de prise de hauteur, de recul, de conscience, Pwaaah c'était FOU