21/07/2024
🇲🇺 Mauritius by UTMB - 135K 🇲🇺
"There is no place like HOME. » 🙏
Se lancer dans un Ultra reste une décision importante.
Elle implique bien plus qu’une course. Elle implique toute la Famille, son équilibre et l’investissement total de toute une préparation. Ca n’est pas rien. 😆
Les 95 kilomètres du Doi Inthanon en décembre dernier avait validé la résistance de mon genou à « tenir » les contraintes d’un format Ultra. Physiquement les feux étaient au vert. Alors, surtout quand cet ultra peut se dérouler à la maison, pour la première édition du Mauritius By UTMBil n’y a pas grande hésitation : on s’engage, on se projette et on s’y prépare à fond !
Je n’ai jamais souhaité prendre position dans la « petite polémique » liée à la venue d’une grosse organisation comme l’UTMB à Maurice. Assez naïvement, en simple trailer passionné, je me suis réjouis du coup de projecteur que cette course allait mettre sur notre Ile et des fameuses « stones » à récolter pour espérer un jour se frotter au mythe à Cham’ (2025 ?! 🤞😇).
Un Ultra Trail à Maurice, il y a en effet une certaine symbolique. Depuis 2013, Maurice est ma terre d’accueil, mon nouveau pays. Je n’en ai pas le sang mais je me sens profondément mauricien. J’y ai posé mes premières foulées en course à pied. J’y ai découvert une communauté trail passionnée. Je m’y suis fait de nombreux Amis qui sont depuis, toujours, mes acolytes pour chacune de ces nouvelles aventures.
Depuis 2016, le Trail m’a permis de découvrir l’Ile dans ses plus profonds recoins, son coeur, sa nature sauvage. Ma passion m’a amené à y passer de nombreuses heures d’entrainement, à parcourir chaque chemin, à en maitriser chaque segment, chaque particularité. Maurice a façonné le sportif amateur, mais appliqué, que je suis devenu. C’est aussi, avant tout, la terre où j’ai aujourd’hui fondé ma Famille.
Comme pour toutes les préparations d’Ultra, je m’y engage à 100%. Consciencieux et appliqué. Le genou droit, mon fusible, doit être géré quotidiennement. Renforcement, auto-massage, étirements. Matin et soir. Tous les jours, inlassablement, ces gestes devenus routine me permettent de maitriser l’inflammation de ce genou récalcitrant. A priori, il le restera pour toute la vie.
Pas toujours autant de volume que je l’aurais souhaité mais les kilomètres s’enchainent bien, à pied et à vélo.
Un Royal Raid 65 prometteur en mai rythme cette préparation. Les sensations sont bonnes. La plupart des segments de l’UTMB sont connus. Déjà je m’y projette, déjà je m’y vois dans quelques semaines, à batailler avec les copains, avec les coureurs internationaux, sur la côte ouest dont le coeur va battre au rythme du trail pendant 48 heures. Ces projections m’accompagnent quotidiennement, jusqu’au jour J. Petit à petit mes pensées se focalisent sur ce premier objectif majeur de la saison. Ma motivation se décuple.
Un Ultra à domicile offre un cadre logistique optimal : proximité du lieu de départ, proximité de la Famille, des Amis, pour assurer les ravitaillements et soutien moral tout au long du parcours. Des ingrédients centraux dans la réussite d’une épreuve d’ultra endurance. Des ingrédients dont on ne dispose pas totalement lorsque la course se déroule à l’étranger. Je savoure cette chance. La planification est rendue simple et facile. Tant pour moi dans mon organisation en amont, que dans l’exécution le jour J pour toutes mes accompagnantes de luxe : ma petite Famille.
Beaucoup de sérénité se dégage et je mesure dans la décontraction d’Anne-Laure la veille qu’elle aussi va « jouer Home ». Je repense avec malice à nos premières expériences communes en Ultra, à La Réunion, où trouver les points de ravitaillement, à l’heure de mes passages, étaient déjà en soi de petites victoires. À Maurice cette fois, tout sera beaucoup facile.
Vendredi 21 juin - veille de course.
Les nuits précédentes ont été perturbées par une excitation certaine. J’ai cette mauvaise manie. Ca n’est pas de la peur mais ca ne témoigne pas non plus d’une grande sérénité. C’est une sorte d’excitation, pas désagréable, mais qui interdit tout sommeil. Bien relou à la veille d’un objectif majeur.
Une course ne se gâche pas la nuit précédente. En revanche, elle peut se compromettre par plusieurs nuits moyennes auparavant. Je broie du noir. Tant bien que mal, j’essaie d’accumuler du repos. Pas évident avec une vie professionnelle bien remplie, et un rôle de Papa « Moderne » - piliers centraux de mon équilibre - avec lesquels je ne souhaiterais jamais transiger. Ma passion pour le trail doit en effet rester « la chose prioritaire des choses secondaires de la vie » :-)
Les formalités de la récupération du dossard passées, on rentre tranquillement dans sa bulle.
Coup de fil avec Christophe Fartleck mon coach, qui m'accompagne depuis deux ans dans la programmation de mes saisons et de mes entrainements, au quotidien.
C’est lui aussi, surtout, qui me détend, avec ses mots bien à lui - fermes mais toujours bienveillants - quand j’ai envie d’en faire trop.
Lors de cette discussion, Christophe a su trouver les mots juste, sentant une envie non dissimulée, jouant à la maison, « d’en mettre partout ». Comprenez : essayer d’attaquer dès les premiers kilomètres, s’accrocher à quelques coureurs déjà bien identifiés.. et tenir pour faire "un chrono" !
Christophe - il en a vu beaucoup avant moi, et des biens meilleurs - connait la musique et ne se laisse plus berné par ses coureurs excités. Au début il me laisse causer.
Puis il me calme :
- « Sois ! Sois, plutôt que souhaite être… ».
- « Je souhaite que tu sois dans l’Instant, dans ta course, connecté à ton corps, dans tes compétences ».
- « Arrête de souhaiter être… Souhaiter être dans tel chrono, avec tel ou tel coureur… On s’en fout de tes estimations. Soit et ressens l’instant, tout simplement. C’est ca l’esprit de l’ultra ».
Les mots sont pesés, ils raisonnent immédiatement en moi.
Ces mots, je vais me les répéter 19h08 durant et 134 kilomètres. Ces mots sont ceux grâce auxquels je vais passé un ultra sans le moindre veritable coup de mou. Merci Coach !
Dès le départ, avec mon pote JP Jean-Pascal Gross ont l’approche de course s’est avérée être très similaire, nous avons commencé doucement. En aisance totale. On a laissé toutes ces têtes familières partir devant, sans répondre aux sirènes de la compétition. Sans rentrer, si tôt, dans la bagarre. Il y a 135 kilomètres pour ca. Il y en a bien assez. Je vois mon Bryan s’envoler devant nous dans Watook. Je suis heureux de le voir en forme. Je suis heureux de voir que sa longue blessure au pied ne semble plus l’embêter. Mais nous le laissons filer.
On discute avec JP, relativement loin dans le classement en haut de Watook, au 20ème kilomètres - 25eme - mais extrêmement confiants dans notre approche de la course... Elle ne débutera réellement qu’à Chamarel.
Le fait de jouer « Home » rend l’exécution de cette stratégie claire. 95% des chemins n’ont pas la moindre surprise. Chaque effort est ainsi précisément dosé. Conscient des difficultés à suivre et de l’énergie nécessaire à conserver. La gestion, sans cette grosse variable « parcours », est beaucoup plus facile.�Rapidement, la météo tourne au déluge, vent, pluie, qui va rendre les chemins boueux et particulièrement glissants. Garder le contrôle dans cette première moitié de course est encore plus prépondérant dans la réalisation - toute proportion gardée d'un amateur - d’une « performance ».
Je suis ! Dans mon rythme. Dans ma nutrition. Dans ma musique. Et maintenant seul, quand JP me décramponne après que je me sois égaré quelques centaines de mètres sur la crête du Piton de Fouge au 35ème kilomètre. Les 5% du parcours que je ne connaissais pas. Pas grave, je suis bien dans ma course. Je le resterai tout du long.
Au fur et à mesure que les kilomètres passent, j’ai le plaisir de croiser régulièrement au bord du chemin mes Amis, Dom & OlOlivier Sénèquen particulier. J’ai aussi la chance de croiser ma Famille.
Ca vaut tous les produits, boissons et autres compléments alimentaires qu’un bon marketing parvient toujours à me faire acheter avant la course. Ce soutien indéfectible me porte. Les difficultés s’enchainent. Je cours seul mais terriblement bien accompagné. Je savoure ces moments rares et uniques que seuls les efforts d’endurance offrent. Je savoure vraiment. Je joue home :-)
Tout au long de la course, la stratégie va payer.
Méthodiquement je parviendrais à récupérer quelques fuyards partis fort devant. 15eme… 10eme… Sans accélérer, je n'en suis pas capable, simplement en conservant mon allure initiale le plus régulièrement possible, je progresse dans le classement. Je m’en moque un peu pour être honnête. Je kiffe tellement plus alors mes sensations et la manière dont s’exécute l’effort. Je suis loin d'être le plus fort, mais parviens à être au maximum « de mes compétences du moment ». C’est une sensation agréable et vraiment gratifiante. Plus costauds que moi, je ne reverrais jamais JP ni SaSacha LagessePlus costaud que moi, je ne pourrais pas empêcher le retour de NoNoa Ohms une casquette à garder à l’oeil pour l’avenir.
Au kilomètre 100, on nous informe que le parcours sera raccourci. Pas de Tourelle. Des inconnus ont été aperçus à débaliser ce tronçon si particulier et technique du parcours. De l’inconscience, de la bêtise, qui nuit finalement à plus qu'aux seuls coureurs qui se perdent et se mettent en danger. Ces actes dégradent toute l’image de la communauté trail mauricienne. Vraiment dommage, à défaut heureusement d’avoir été dramatique.
Les vingt derniers kilomètres sentent bon le retour au bercail.
Ils passeront relativement tranquillement, dans un doux flow - sans doute trop doux - qu’une quinzaine d’heures d’effort est aisément parvenu à générer. Je m’endors un peu sur mes lauriers. Deviens moins exigeant quand il s’agit de relancer.
Le rythme général reste cependant correct, tranquille.
Les Amis, La Famille, toujours, seront finalement plus loin au Morne pour m’accueillir à l’arrivée.
Quelques regards suffisent, ensemble on l’a fait. Honorablement. Merci beaucoup à eux : Anne-Laure, Anne-Gaelle, Soizick Maria, Rachel, Aliocha, Laetitia, autres ! Pour leur soutien, pour leurs mots, pour leur Amour. Vraiment trop cool. Une nouvelle journée gravée à vie dans nos mémoires. 19h08 d’un effort régulier et bien géré. Une 9ème place anecdotique au général.
J’ai adoré joué sur “mon” Ile et mes terrains d’entrainement pour cet UTMB Maurice. J’y ai probablement déroulé la course la plus aboutie de mon humble parcours sportif. Cela dit, j’ai paradoxalement manqué d’un peu de surprise et des adaptations permanentes qu'implique habituellement un Ultra. Je suis tombé amoureux des ces longs efforts d'endurance pour ces raisons. La longueur du parcours, comme à la Réunion par exemple, génère habituellement une énorme dimension « Aventure » qui m’a ici manqué. Il n’y a pas eu suffisamment de cette dose d’adaptation et de résilience, que j’avais toujours eu "à trouver" dans mes précédentes courses… pour les finir ! C’est ce paradoxe que j’ai finalement ressenti quelques jours après la course.
Alors pour aller retrouver ca, par passion aussi, on va y retourner et repartir pour de nouveaux challenges.Ce sera fin novembre, sur l’UTCT100k en Afrique du Sud.
Toujours avec un Pote, mon JP ! Et peut-être, inchalla’h, avec la Famille :-)
Merci Mauritius by UTMB - "There Is no place like HOME. » 🇲🇺🙏
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