26/08/2025
Le souffle retenu
Elle est entrée ce jour-là avec la mâchoire droite crispée, comme si un verrou invisible l’empêchait de parler, de respirer pleinement, de s’autoriser à exister sans contrôle. Ses sinus étaient congestionnés, sa tête lourde, et chaque inspiration semblait porter un écho du passé. Elle racontait, hésitante, mais ses mots portaient la force d’une vérité longtemps enfouie.
Je l’écoutais, attentitive à chaque détail : le blocage de sa mâchoire, ce spasme soudain qui survient lorsqu’une émotion ancienne refait surface ; la pression dans ses sinus, qui n’est pas seulement physique, mais le miroir de mémoires de trahison, de mensonges, de déceptions qu’elle avait portées comme un fardeau silencieux depuis sa jeunesse.
Elle me parla de ce traumatisme amoureux. Un homme qu’elle croyait sincère lui avait montré une vérité qu’elle refusait d’accepter : marié, père, engagé dans une vie à laquelle elle n’avait pas accès. Ce choc avait inscrit son corps dans le refus, sa mâchoire en étant le gardien. Depuis ce jour, chaque tension dans sa mâchoire droite rappelait cette histoire, chaque douleur dans ses sinus faisait remonter la peur et le doute.
Mais nous n’étions pas là pour nous arrêter à la douleur. Nous avons exploré ensemble ce que chaque sensation voulait dire. La mâchoire bloquée : un symbole de non-dit, de parole retenue, de vérité que l’âme réclame. Les sinus congestionnés : des mémoires stagnantes, des émotions non respirées, une énergie qui n’a pas trouvé de voie d’expression.
Alors je l’ai guidée. Pas seulement à comprendre, mais à ressentir, à transmuter. Nous avons travaillé sur l’écoute de son corps, sur le fait que cette tension n’était pas un ennemi, mais un messager. Chaque contraction, chaque pression, chaque douleur portait une information : “Je veux être entendue. Je veux libérer ce que tu n’as pas pu exprimer.”
Et elle a commencé à respirer différemment. Lentement, profondément, avec conscience. Nous avons imaginé ensemble que l’énergie retenue derrière sa mâchoire et dans ses sinus n’avait pas besoin de passer par la force, par le bruit ou le dérangement. Elle pouvait s’élever vers un vortex lumineux, une spirale douce qui absorbe, transmute et purifie, sans violence, sans rotation excessive dans l’estomac, sans douleur. L’énergie se déplaçait, légère, dans un canal de lumière qui la traversait et revenait à la source.
Au fil de cette exploration, un calme nouveau s’installa. La mâchoire se détendit légèrement, la congestion des sinus sembla respirer à son rythme, et un espace s’ouvrit pour la parole, pour le souffle, pour la vérité. Elle avait commencé à comprendre que son corps avait toujours été fidèle à ses émotions, qu’il avait toujours porté ses histoires pour qu’elles puissent être reconnues, acceptées et transformées.
Le souffle retenu s’était relâché, et avec lui, une partie de la peur, de la honte et du poids ancien.