20/10/2026
𝐒’𝐚𝐬𝐬𝐞𝐨𝐢𝐫 𝐩𝐫𝐞̀𝐬
Les Upanishads forment le versant contemplatif du Veda. Alors que les premiers hymnes védiques étaient tournés vers le rituel et la prière, ces textes, composés pour l’essentiel entre le VIIIe et le IIe siècle avant notre ère, tournent le regard vers l’intérieur : qui sommes-nous, que devient ce « je » dans le sommeil, qu’est-ce qui demeure quand tout change ? La tradition en compte plus d’une centaine, dont une douzaine de principales, commentées au fil des siècles, notamment par Śaṅkara.
Leur nom mérite qu’on s’y arrête, car il contient déjà une méthode. Upa-ni-ṣad : s’asseoir près, en contrebas, auprès de quelqu’un. Ces textes ne se présentent pas comme des traités mais comme des transmissions de proximité : un élève assis près d’un maître, assez près pour entendre ce qui se dit à voix basse.
Dans mon premier livre, j’y voyais un dispositif pédagogique. J’y vois désormais aussi, sans forcer le mot, une transmission qui passe par les corps. Chacun a fait cette expérience sans avoir eu besoin de la nommer : auprès de quelqu’un de calme, on se calme. Le souffle s’accorde, les épaules descendent, quelque chose s’ouvre qui ne s’ouvrait pas seul. Et inversement, une personne inquiète nous rend inquiets sans avoir prononcé un mot. S’asseoir près d’un maître, ce n’est donc pas seulement écouter un enseignement : c’est se tenir dans un état, et l’apprendre par proximité avant de l’apprendre par des idées. Les Upanishads ont fait de cette proximité leur nom. Il me semble qu’elles avaient reconnu, à leur manière, que certaines choses s’enseignent mal par la parole seule, et qu’elles demandent une présence.